Marc Asselin, maire d'Alma

Le combat de tout le monde

ÉDITORIAL / Le maire Marc Asselin n’est pas homme à s’insurger publiquement. Encore moins à tirer à boulets rouges sur le plus important citoyen corporatif d’Alma, lui réclamant des investissements massifs par l’entremise des médias. Visiblement, les limites de sa patience ont été atteintes et n’en doutez pas, l’écho de sa récente sortie publique a résonné jusqu’aux quartiers généraux de la multinationale, à Londres.

Plus tôt cette année, le maire d’Alma a accueilli froidement le mouvement amorcé par le conseiller municipal Jean-Marc Crevier, de Saguenay, concernant la taxation des barrages hydroélectriques sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Lors du lock-out de 2012 à l’usine d’électrolyse d’Alma, il n’avait pas appuyé formellement les travailleurs, préférant jouer le rôle de médiateur entre la direction de Rio Tinto et les représentants syndicaux. Malgré la critique dont il a fait l’objet de la part des employés, il est demeuré intraitable et a maintenu jalousement sa neutralité.

Quelle mouche l’a piqué cette fois-ci ? Allez savoir, mais une chose est certaine, la sortie de Marc Asselin est une occasion à saisir pour tous les acteurs régionaux qui souhaitent obtenir davantage de Rio Tinto.

En ce sens, il est réjouissant de voir le député de Jonquière à l’Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, prendre le relais. En point de presse, mardi, ce dernier a exigé de la compagnie qu’elle passe de la parole aux actes ; qu’elle procède à des annonces officielles plutôt que d’entretenir de vaines promesses. Et s’il est un élu qui ne risque pas de lâcher le morceau de sitôt, c’est bien le député de Jonquière.

Comme nous l’écrivions dans ces pages en mai dernier, les arguments évoqués par Rio Tinto afin de repousser ses investissements commencent à agacer sérieusement la population. Comment se satisfaire du discours éteignoir qu’on nous sert depuis décembre 2006, date à laquelle le projet AP6x — à l’époque AP50 — a été dévoilé ?

Dans le contexte, il est inutile de s’acharner sur les dirigeants locaux de la multinationale, notamment le directeur exécutif Gervais Jacques, qui préférerait sans doute être porteur de bonnes nouvelles. Il serait surtout naïf de croire que le destin de l’aluminium au Saguenay-Lac-Saint-Jean repose entre les mains de ces dirigeants, dont l’influence est plutôt limitée au sein d’une organisation aussi complexe que celle de Rio Tinto.

Les représentants québécois de la compagnie doivent avoir les outils nécessaires pour porter les grands projets que sont AP6x et Alma II jusqu’aux plus hautes sphères de leur conseil d’administration. Et de ces outils, le plus significatif demeure la pression populaire. Lorsque les travailleurs, les entreprises, les institutions d’enseignement, les élus locaux et, surtout, les deux paliers de gouvernements parleront d’une seule voix et diront que c’en est assez, alors là, tout le monde écoutera.

Marc Asselin et Sylvain Gaudreault ont accepté de saisir le bâton du pèlerin, mais il reste encore beaucoup de place sur celui-ci. D’autres mains doivent se marier aux leurs, car le combat qu’ils s’apprêtent à mener ne peut se gagner seul.

L’heure n’est plus aux allégeances politiques ou aux conflits personnels, mais à une concentration de toutes nos forces vives autour d’une seule et même cause : le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce même développement qui nous a été juré et pour lequel nous avons cédé les droits sur nos ressources naturelles, en plus de garantir des prêts de centaines de millions.

Jamais le pacte de 2006 n’a fait état d’un laboratoire expérimental ou d’une robotisation mur à mur des usines. Non, l’engagement de l’ancienne Alcan était celui-ci : faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean la plaque tournante mondiale de l’aluminium. Or, la seule chose qui tourne depuis cette annonce historique, c’est le disque des 1001 raisons pour lesquelles la compagnie doit retarder ses investissements.