Jean Truchon

Le combat de Jean Truchon

ÉDITORIAL / Lorsque j’ai vu sa photo et son combat raconté dans La Presse + de mardi, mon cœur n’a fait qu’un tour, pour reprendre une expression populaire. Jean Truchon est au cœur d’un débat juridique sur l’aide médicale à mourir ! Atteint de paralysie cérébrale, il veut terminer ses jours dans la dignité!

Je n’ai pas rencontré Jean depuis plus d’une vingtaine d’années. 

La dernière fois que j’ai croisé son père, Michel, il vivait à Montréal et il allait bien ! 

D’aussi loin que je me souvienne, Jean Truchon a toujours été un modèle. Une personne handicapée qui poussait toujours ses limites ; tout était possible pour Jean. 

Bien entouré par l’amour de ses parents, Jean était présent partout à La Baie.

Courage et détermination

Alors que j’étais un jeune journaliste au Réveil, Jean a réalisé un rêve extraordinaire deux étés de suite. Stagiaire en journalisme. 

Je conduisais sa fourgonnette adaptée jusqu’au lieu de l’entrevue. 

Son élocution étant déjà difficile à ce moment, il écrivait la veille ses questions et enregistrait les réponses de l’intervenant. Je le ramenais ensuite à sa maison, où il prenait la journée pour écrire son texte.

J’étais, et le suis encore, admiratif devant son courage et sa détermination à toute épreuve.

Quelques années plus tard, il décidait de quitter le domicile familial pour s’installer dans la grande ville pour vivre sa vie.

« Jusqu’en 2012, il vivait dans un appartement supervisé. Tout a basculé cette année-là, quand il a perdu l’usage de son bras gauche, son seul membre encore fonctionnel. Il a alors dû déménager dans un CHSLD », écrit la journaliste Caroline Touzin.

« Inconcevable, inhumain et irréel »

M. Truchon remplit tous les critères de l’aide médicale à mourir, sauf un : sa condition de santé n’entraînera pas sa mort dans un avenir « prévisible ». Sa demande a donc été refusée. Le débat a été porté devant les tribunaux. 

Mardi, les quatre avocats du fédéral ont annoncé que 13 experts paraderont devant la juge. Le débat humain devient idéologique, juridique !

Fidèle à sa personnalité, Jean Truchon a décidé d’écrire directement : « Je trouve inconcevable, inhumain et irréel de devoir attendre tout ce temps pour trois petites minutes de délivrance, poursuit-il. Si vous trouvez triste de lire mon témoignage, imaginez ce que je vis au quotidien. »

Jean ne veut pas finir en martyr, mais dans la dignité. Il ne veut pas mettre fin lui-même à ses jours, par respect et par amour pour ses parents.

Toute sa vie, Jean Truchon a lutté pour « sa vie » ! À 49 ans, il lutte pour que cette vie de combat se termine dans la dignité.

Une bataille qui nous concerne tous

Cette bataille nous concerne tous. Nous voulons tous terminer nos jours sur cette terre dans la dignité. 

Je dois être sans doute naïf, mais je croyais que ce dossier était réglé au Québec par l’adoption de l’aide médicale à mourir. Ce concept fait un consensus dans notre société. Malheureusement, il semble que les intervenants politiques, juridiques et parfois même de la santé ne l’entendent pas ainsi !

Mais de grâce, Jean, ne lâche pas ! Ne cède pas au découragement ! 

Demeure ce grand batailleur qui fait fi de ses handicaps physiques pour dépasser ses limites… jusqu’à la fin.