Le casse-tête prend forme

ÉDITORIAL / Le discours de Rio Tinto a évolué à un point tel que tous les espoirs semblent désormais permis au Québec, et particulièrement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où pas moins d’un milliard et demi de dollars seront investis au cours des deux prochaines années, et ce, sans même tenir compte des grands projets d’expansion attendus à Arvida et à Alma. Ce qui n’était jusqu’ici qu’un casse-tête éclaté révèle maintenant un portrait précis et porteur d’espoir.

Lors de sa première tournée médiatique en tant que directeur exécutif des opérations pour la région de l’Atlantique, en août 2016, Gervais Jacques a semé le vent avec des déclarations pessimistes, évoquant notamment la saturation du marché de l’aluminium et la chance, pour le Québec, d’avoir été épargné de coupes majeures en cette période trouble. D’un même souffle, il avait invité la population à appuyer davantage la compagnie. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. 

Mais comme le veut le dicton : autre temps, autres mœurs. Et visiblement, beaucoup d’eau a coulé dans les turbines depuis l’été 2016. 

Mercredi, c’est un Gervais Jacques souriant, confiant, optimiste qui a effectué le même exercice afin de commenter les résultats extrêmement satisfaisants de la division Aluminium, la deuxième plus importante du groupe Rio Tinto. 

Cette fois-ci, il avait non seulement des réponses claires, mais aussi des signaux fort encourageants à livrer, quant à la volonté de la multinationale de faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean son château fort mondial de l’aluminium. Comment interpréter autrement cette phrase : « Pour Rio Tinto, c’est clair (que l’expansion d’Alma et celle du Complexe AP60) sont nos deux meilleurs projets » ?

Vases communicants

Un projet d’investissement de quelque 250 millions de dollars à la raffinerie d’alumine Vaudreuil, à Arvida, sera officiellement annoncé dans les prochains jours, pour la mise à niveau de cette installation unique en Amérique du Nord. 

L’ajout de 16 cuves de génération AP6X, sur le même site, a quant à lui été confirmé il y a à peine quelques semaines. Les certificats d’autorisations nécessaires seront bientôt émis, puis la construction débutera. 

Parallèlement, Rio Tinto mettra en branle des études d’ingénierie fine afin de connaître avec précision les spécificités et les coûts relatifs à une nouvelle phase majeure d’expansion du complexe saguenéen. 

Enfin, un centre de coulée supplémentaire sera érigé afin de concevoir de nouveaux alliages, destinés à des marchés distincts. Rio Tinto souhaite ainsi transformer les quelque 200 000 tonnes de gueuse qu’elle produit ici pour n’offrir, dorénavant, que de l’aluminium à valeur ajoutée. 

Quiconque sait lire entre les lignes voit bien que ce chapelet de bonnes nouvelles n’est qu’un point de départ dans la stratégie qui anime Gervais Jacques et ses collaborateurs présentement. 

Lorsque les 16 nouvelles cuves de type AP6X auront démontré leur plein potentiel, l’entreprise pourra sans crainte aller de l’avant et construire une usine moderne — et complète — à Arvida. Qui plus est, le conseil d’administration aura en main tous les travaux d’ingénierie préalables à une telle décision. 

Par ailleurs, une fois Vaudreuil mise à niveau, Rio Tinto pourra songer à agrandir sa raffinerie pour qu’elle transforme les quelque 2 millions de tonnes d’alumine nécessaires à sa production locale. 

Tout est question de vases communicants. 

Certes, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Plusieurs variables inconnues demeurent présentes : les négociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) pourraient changer la donne de façon dramatique ; le marché pourrait s’effondrer sans préavis ; Rio Tinto pourrait être la cible d’une offre d’achat hostile… 

Or, pour la première fois depuis longtemps, le message de la compagnie est en symbiose avec les aspirations des Québécois.