Le capharnaüm libéral

Le Parti libéral du Canada est complètement désorganisé dans Chicoutimi-Le Fjord, au point où il y a lieu de se demander si le gouvernement souhaite réellement conserver la circonscription. Jamais l’association locale n’a semblé si loin d’Ottawa. La situation serait peu surprenante si elle impliquait une formation en déroute, mais dans ce cas-ci, il s’agit d’un gouvernement majoritaire. Que se passe-t-il ?

« On ne sait pas où on s’en va… » 

Vianney Lessard est président de l’Association libérale dans la circonscription. En entrevue téléphonique, il ne cherche ni à défendre son parti, ni à enrober ses réponses. Le militant en a gros sur le cœur, et c’est sans invitation qu’il décrit le chaos dans lequel l’organisation est plongée.

Depuis l’annonce du départ prématuré de Denis Lemieux, rien ne va plus. Malgré des tentatives répétées, le président d’association n’a jamais été en mesure de connaître les intentions du gouvernement quant à l’élection partielle imminente. En fait, confirme-t-il, la communication est au point mort entre les membres de la circonscription et les dirigeants du parti. À maintes reprises, M. Lessard utilise les termes « impasse » et « insoutenable » pour qualifier le capharnaüm à l’intérieur duquel il doit composer. 

La démission de l’ancien organisateur principal du PLC au Québec, Jonathan Tanguay, a laissé un vide dans la structure, rapporte-t-il. Depuis des semaines, il attend en vain un retour d’appel du bureau provincial. Et plus le temps passe, plus la liste de ses questions s’allonge. « Il y a anguille sous roche et lorsqu’ils vont finir par m’appeler, je vais avoir de drôles de questions à leur poser. Pourquoi n’a-t-on pas de nouvelles ? Pourquoi ne nous parle-t-on pas ? Il faut savoir où l’on s’en va. » Pendant qu’il patiente, il voit des noms surgir dans l’actualité comme candidats potentiels : Claude Bouchard de Promotion Saguenay et Michel Ringuette, un ancien maire de Saint-Charles de Bourget. « Je ne sais même pas s’ils ont déposé leur candidature de façon officielle ! », s’exclame-t-il. 

Il règne une opacité troublante entre la tête du parti et sa base, ça ne fait aucun doute. Et pour ajouter l’insulte à l’injure, Justin Trudeau sera à Alma lundi, à moins d’une heure de route de Chicoutimi-Le Fjord, mais le premier ministre ne prévoit aucun arrêt dans sa circonscription orpheline. Pourquoi ? « La démission de M. Lemieux a fait une tache au sein du Parti libéral », avance M. Lessard.

La relation entre l’association locale et l’ex-député n’était guère plus harmonieuse pendant les deux années où Denis Lemieux a agi comme député. « On n’a jamais été capables de rencontrer cette personne-là. On a essayé par tous les moyens de lui parler. Je pense qu’il y avait un froid, mais je ne suis pas en mesure de l’expliquer. »

Il y a quelques mois à peine, les candidats se ruaient aux portes du PLC en vue de l’élection partielle dans Lac-Saint-Jean. Celle-ci a finalement été remportée par le député Richard Hébert. Pourquoi le scénario ne s’est-il pas reproduit dans Chicoutimi-Le Fjord ? Comment l’enthousiasme a-t-il pu s’effriter à un point tel que si peu de personnes soient attirées par le pouvoir ? Lorsque même l’opportunisme politique n’opère plus, il y a lieu de se poser de sérieuses questions. 

L’étoile de Justin Trudeau a considérablement pâli au cours des derniers mois, surtout depuis sa récente mission économique en Inde, dont les Canadiens ne garderont en souvenir que ses tenues vestimentaires inappropriées et ses erreurs diplomatiques. La jeunesse, l’héritage familial, et les égoportraits n’impressionnent plus, et c’est aujourd’hui un chef d’État responsable et présent que réclament les électeurs. Ceux de Chicoutimi-Le Fjord ne font pas exception et il ne faudra pas se surprendre s’ils décident, à leur tour, de bouder le gouvernement lorsqu’ils seront dans les urnes. 

Il y a quelque chose de pourri au royaume des libéraux, dirait sans doute Hamlet. Et il n’aurait pas tort. À moins qu’en coulisse, le gouvernement ait élaboré une stratégie si bien ficelée qu’elle fera oublier le manque de considération qu’il démontre présentement envers ses militants de la base.