Le budget de l’abondance

ÉDITORIAL / Quelques heures avant le dévoilement de son premier budget, François Legault a eu un entretien avec son ministre Éric Girard, dans un espace ouvert de l’Assemblée nationale, sous l’œil des caméras et des journalistes.

À voix haute, il a dit « aimer » la signature apposée sur la page frontispice du document : votre gouvernement. D’un même souffle, il a lancé que ce budget n’est ni l’œuvre de la CAQ ni celle des libéraux, mais plutôt celle « du gouvernement que les gens se sont donnés » en octobre dernier. Une reconnaissance à peine nuancée du premier ministre, qui sait parfaitement que sans les efforts déployés par ses prédécesseurs, sans l’austérité et les coupes imposées par le gouvernement Couillard, la Coalition avenir Québec n’aurait pu élaborer un exercice budgétaire aussi généreux. En résumé, lorsqu’il s’est fait élire, François Legault a reçu la clé d’une voûte plus abondante que jamais, en pleine période de croissance économique.

Cela dit, la conjoncture favorable ne réduit en rien le travail réalisé par le ministre Girard, qui a su demeurer fidèle à tous les engagements électoraux de son parti. En ce sens, à première vue, l’exercice budgétaire 2019-2020 n’offre à peu près aucune surprise de taille, s’articulant surtout autour des trois grandes missions de l’État : la santé, l’éducation et l’économie. Exactement comme l’avait promis François Legault durant la dernière campagne.

Main-d’œuvre

Par contre, outre ces grands pans du budget, il est intéressant de constater que le gouvernement du Québec, comme celui du Canada, compte encourager le maintien au travail des personnes âgées de plus de 60 ans. Cette volonté de s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre se traduit, notamment, par la création du Crédit d’impôt pour la prolongation de carrière, qui remplace l’ancien programme incitatif pour les travailleurs d’expérience. Sans entrer dans les menus détails, la mesure permettra aux employés de 60 à 64 ans d’augmenter leurs revenus annuels jusqu’à 28 226 $ sans avoir à débourser de l’impôt. Des crédits d’impôt sur la masse salariale sont également destinés aux petites entreprises qui emploient des travailleurs de ce groupe d’âge. Pour une région vieillissante comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, de telles initiatives auront sans doute une incidence positive tant pour les PME que pour les travailleurs concernés.

Pas de révolution verte

Sans surprise, la CAQ n’a pas entrepris le grand virage vert réclamé par différents partis d’opposition, dont Québec solidaire. Néanmoins, il est faux de prétendre que le gouvernement est resté insensible aux préoccupations environnementales grandissantes. Par exemple, tel que le rapporte notre journaliste Louis Tremblay, Québec a réservé une enveloppe de 61,5 millions de dollars, pour les quatre prochaines années, afin d’améliorer l’habitat du caribou forestier et d’effectuer un meilleur suivi des hardes de cette espèce. Un programme de compensations a également été élaboré pour les entreprises qui pourraient subir les contrecoups d’une éventuelle réduction de la possibilité forestière, dans une optique de protection du caribou.

Toujours dans le domaine forestier, Québec bonifie de 75 millions de dollars sur cinq ans ses efforts en matière de sylviculture. Cette somme est puisée à même le Fonds vert puisque le gouvernement souhaite valoriser la forêt comme outil de lutte contre les changements climatiques.

UQAC

Enfin, la CAQ a vraisemblablement entendu le cri du cœur de la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, qui a dénoncé le sous-financement des établissements universitaires en régions éloignées. Ainsi, une somme de 15 millions par année sera répartie dans neuf universités qui œuvrent hors des grands centres urbains, consolidant ainsi leurs opérations essentielles au développement des régions.