Michel Potvin

Le bistouri du «docteur» Potvin

ÉDITORIAL / Rien ni personne ne fera reculer le conseil de Saguenay, qui fera tout pour éviter une nouvelle hausse de taxes dépassant l’inflation d’ici les prochaines élections municipales, prévues à l’automne 2021. Lundi soir, les élus ont adopté une résolution visant à réduire le budget annuel de 5,2 millions de dollars, soit 1,5 % de l’enveloppe actuelle. Et s’il leur faut liquider les portes de l’hôtel de ville pour y arriver, ils le feront. C’est dire à quel point leur position est sans appel.

Présentement, tout est sur la table, pour reprendre les termes employés par le président de la Commission des finances, Michel Potvin. Il évoque des coupes « chirurgicales » dans l’appareil, mais ne s’avance pas davantage. En lisant entre les lignes, cependant, il y a fort à parier que la fonction publique aura des comptes à rendre dans un futur rapproché. Juste le fait de réunir autour d’une même table les élus, la direction générale, les ressources humaines et le département des finances, afin de définir les actions à réaliser, en dit long sur le sérieux — et le dessein véritable — de la démarche. Pour résumer en une seule phrase, tous les départements de la Ville passeront sous le bistouri du « docteur » Potvin.

La fonction publique devrait-elle s’inquiéter ; craindre des changements majeurs dans leurs méthodes de fonctionnement ? On verra, mais une chose est sûre : avec un objectif aussi imposant que celui fixé par le conseil lundi soir, la marge de manœuvre de chaque direction sera réduite à sa plus simple expression.

La consigne imposée au directeur général Jean-François Boivin est claire, et elle est ponctuée d’une obligation de résultat : il doit s’assurer que nulle part, dans toute la machine municipale, il n’y ait d’avantages indus, de temps supplémentaire abusif et d’opérations injustifiées.

Prudence

Par ailleurs, nul besoin d’une boule de cristal pour affirmer que l’ère de la Providence touche à sa fin à Saguenay. L’utilisateur payeur est un terme en vogue ces temps-ci, et il pourrait bien faire office de ligne directrice dans les efforts de restrictions envisagés par le conseil. Mais prudence ! La capacité de payer de nombreux citoyens demeure limitée. Aussi faudra-t-il voir dans quelle mesure il est possible d’économiser grâce à cette avenue, sans pour autant rendre inaccessibles différentes activités sportives ou culturelles sur le territoire. Naturellement, tous s’entendent pour dire que les services, telles les bibliothèques publiques, notamment, devront être épargnés et demeurer gratuits pour tous.

Tout ça pour revenir au point de départ : 5,2 millions, c’est énorme ! Une fois la fonction publique et les utilisateurs de services municipaux mis à contribution, combien d’argent faudra-t-il encore trouver avant de dire « mission accomplie » ?

Il n’est pas exclu que Saguenay doive à nouveau mettre la hache dans les organismes paramunicipaux comme Promotion Saguenay, Diffusion Saguenay et la Zone portuaire de Chicoutimi. Mais encore là, la prudence est de mise. Certaines organisations ont été fragilisées par les coupes budgétaires et les réorganisations, au cours des derniers mois. Le mouvement de personnel qui s’en est suivi les a également vulnérabilisés à maints égards. Or, leur vocation respective demeure cruciale et, sans les budgets nécessaires, il leur sera difficile, voire impossible de s’acquitter de leur mandat.

Les éventuelles coupes ne feront pas l’unanimité. Certaines mesures seront plus douloureuses que d’autres, mais dans son ensemble, la résolution entérinée lundi soir permettra de remettre Saguenay sur les rails sans avoir à solliciter, pour une troisième année consécutive, les propriétaires fonciers et les entreprises du territoire.

Donc, amenez le patient !