Laval Fortin, parmi les grands

ÉDITORIAL / Il y a de ces hommes et de ces femmes qui se distinguent par leur leadership ou par leurs accomplissements hors du commun ; des personnalités issues du monde des affaires, du sport, de la culture ou de la politique, qui repoussent des frontières que tous croyaient infranchissables.

Leurs discours ou leurs actions en font parfois des monuments historiques, mais la plupart du temps, ils tombent malheureusement dans l’oubli après un certain temps. Laval Fortin ne marquera pas l’histoire du Québec comme l’ont fait René Lévesque ou Maurice Richard. 

Son parcours mérite néanmoins d’être inscrit à jamais dans la mémoire collective d’Alma, voire celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, afin que les prochaines générations puissent s’en inspirer. 

En fin de semaine dernière, l’homme de 90 ans a une fois de plus bousculé tous les paradigmes établis en parcourant, en ski de fond, la distance de 90 kilomètres en moins de 24 heures. Un exploit physique titanesque, qui couronne une vie non moins exceptionnelle.

À peine entré dans l’adolescence, Laval Fortin quitte l’école à 13 ans afin de subvenir aux besoins de sa famille, après la mort tragique de son père. Après le travail dans les champs et sur la ferme, il s’exile dans les camps de bûcherons pour y gagner sa pitance un coup de hache à la fois, dans un environnement hostile. C’est à cette époque, sans doute, qu’il a réalisé que rien n’est impossible à qui souhaite réussir à tout prix.

Laval Fortin est l’un de ces rares personnages plus grands que nature qui ont contribué de manière significative au développement de notre coin de pays. Parce que, sans rien enlever à son dernier grand défi, c’est avant tout par ses réalisations dans le monde des affaires que l’Almatois s’est illustré.

À 27 ans, il se lance dans la construction résidentielle avec à peine quelques milliers de dollars comme mise de fonds, fruit de la vente de sa première maison, érigée de ses propres mains. Le Groupe Laval Fortin Limitée a aujourd’hui plus de 60 ans et s’impose encore tel un fleuron de l’économie régionale. L’entreprise a contribué à l’épanouissement du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais aussi au développement du Grand Nord canadien, où elle est encore solidement ancrée grâce à son expertise reconnue.

En 2016, la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ) a d’ailleurs octroyé à Laval Fortin son prix Hommage à un grand bâtisseur, lors de son gala annuel. À l’époque, seuls Hervé Pomerleau et Fernand Houle, deux géants de la construction qui ont évolué dans les grands centres de Montréal et de Québec, avaient obtenu pareil honneur de la part de leurs pairs.

La communauté d’Alma a immortalisé les maires Gabriel Fortin et Maurice Paradis, en associant leur nom à un parc technologique et à une voie de desserte industrielle ; la Ville a reconnu la carrière de Mario Tremblay, le Bleuet bionique, en rebaptisant le CREPS ; elle a attribué le nom du comédien Michel Côté à sa principale salle de spectacles. Le Complexe Jacques-Gagnon souligne l’avant-gardisme du fondateur des Caisses d’entraide économique. Laval Fortin a-t-il sa place au sein de ce groupe sélect, pour l’ensemble de son œuvre ? Il n’en fait aucun doute.

Il y a place à une réflexion en ce sens, et celle-ci ne se limite pas strictement au conseil de ville, mais bien à l’ensemble du milieu socioéconomique de la capitale jeannoise. Par exemple, la Chambre de commerce et d’industrie de Lac-Saint-Jean-Est ne pourrait-elle pas remettre des Laval aux récipiendaires de son gala annuel ?

Une chose est certaine, quoi qu’elle compte faire, Alma a la chance de rendre hommage à ce bâtisseur d’exception pendant qu’il est toujours parmi nous ; un homme qui a prouvé, encore une fois à 90 ans, qu’aucune montagne, aussi menaçante soit-elle, ne peut être gravie.