Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Marc St-Hilaire

L’autre virus

ÉDITORIAL / Comment s’expliquer toute la haine, la frustration et le délire provoqués par le port du masque obligatoire ainsi que par les mesures de distanciation sociale imposées par le gouvernement provincial ? Comment peut-on associer un bout de tissu à une hypothétique dictature, à un complot impliquant le gouvernement et les médias, ou à une violation des droits et libertés de la personne ?

Ça semble irréel présenté comme ça, comme sorti d’un film de science-fiction, mais ce sont là des scénarios qui se multiplient sur les réseaux sociaux et qui se transportent dans la rue lors de manifestations, aux quatre coins du Québec.

Certains croient même que la pandémie a été orchestrée de toutes pièces et accusent ouvertement le premier ministre du Québec, François Legault, de crime contre l’humanité.

Franchement !

La réalité est pourtant simple et se résume ainsi : la COVID-19 a tué, elle tue et elle tuera encore, tant qu’aucun vaccin ne sera homologué. Et en attendant, nous avons tous la responsabilité individuelle de protéger les autres de ce virus.

En Colombie, comme dans bien d’autres pays sur la planète, une personne qui démontre des symptômes grippaux porte naturellement le masque afin de ne pas contaminer ses collègues du bureau ou les gens qu’elle croise à l’épicerie, dans les commerces, sur la rue.

Là-bas, le port du masque est une habitude acquise et admise, qui est sans doute beaucoup plus efficace que celle de « tousser dans son coude ». Peut-être pourrions-nous, justement, profiter des mesures actuelles pour démocratiser le port du masque lors des grippes saisonnières ?

Le délire

Mais non. En ce moment, ce qui retient l’attention, ce sont les délires de la comédienne Lucie Laurier, entourée de quelques centaines de quidams réclamant la tête de nos élus.

Le danger dans toute cette saga est qu’un autre virus se propage dans la population. Un virus qui, lui, ne peut se combattre avec le port d’un masque ou par la découverte d’un vaccin.

Ce virus, c’est la perte de confiance envers nos institutions et envers notre démocratie.

Pour certains, les médias sont devenus les complices d’un immense stratagème en rapportant les informations transmises quotidiennement par les instances gouvernementales.

Ces critiques ont-ils seulement pris le temps de regarder les points de presse, d’écouter les questions pointues des journalistes, de lire les articles qui en découlent ?

Ont-ils pris connaissance des innombrables reportages publiés au sujet de la pandémie de COVID-19 au cours des six derniers mois ?

Ont-ils lu les lettres des scientifiques, les articles de Jean-François Cliche, les tableaux préparés pour vulgariser, chaque jour, l’état de la situation ?

Visiblement, non.

Certes, aucun média n’a rapporté l’hypothèse selon laquelle des victimes de la COVID-19 ont été plongées dans le coma afin de prélever leurs organes, ou ce récit qui raconte que des personnes âgées ont été incinérées vivantes afin de libérer des espaces dans les CHSLD. Pourquoi ? Parce que chacune de ces histoires, aussi horribles que ridicules, est fausse. Indiscutablement, totalement, indéniablement fausse.

Mais ces histoires sont symptomatiques de l’autre virus qui grandit, celui qui se nourrit de la naïveté des gens, qui prend naissance sur des sites douteux, qui se propage sur les médias sociaux et qui exacerbe la colère jusque dans nos rues.

Tout ça rien que pour un morceau de tissu.