Pierre Dostie, Sylvain Gaudreault, François Tremblay et Serge Simard ont répondu à l'invitation de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord.

L’art de convaincre

ÉDITORIAL / Le débat organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de Saguenay-Le Fjord, présenté par Radio-Canada et Le Quotidien, nous a prouvé qu’il est possible d’aborder les enjeux régionaux pendant près d’une heure et demie de façon rythmée et captivante, sans cacophonie. Il nous a aussi démontré que tous n’ont pas la même habileté à argumenter, et surtout à convaincre l’auditoire.

Sans contredit, le représentant du Parti québécois et député sortant de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a imposé un standard qu’aucun de ses rivaux n’a été en mesure d’atteindre. L’ancien chef par intérim du PQ a su mettre en évidence les grandes lignes de la plateforme régionale péquiste, mais également les lacunes de ses adversaires. S’il avait souhaité passer le K.-O. à l’un de ceux-ci, il aurait sans doute été en mesure de le faire. Or, il a préconisé la prudence, ce qui ne l’a pas empêché de porter quelques coups incisifs au porte-couleur de la Coalition avenir Québec et candidat dans Dubuc, François Tremblay. Ce dernier a d’ailleurs été la cible des attaques les plus soutenues de ce débat.

François Tremblay a eu du mal à défendre certaines politiques de la CAQ, par exemple celles concernant l’immigration. Mais c’est surtout le manque de substance de sa plateforme régionale qui a terni sa performance. François Tremblay a certes proposé la création d’un incubateur artistique dans le secteur du Bas-Saguenay, une idée fort intéressante, mais il n’avait rien d’autre à offrir en matière de décentralisation des pouvoirs, sinon le Projet Saint-Laurent de son chef François Legault. Il est d’ailleurs revenu à quelques reprises sur cet engagement, jusqu’à ce que le député sortant dans Dubuc, le libéral Serge Simard, lui cloue le bec en ces termes : « Le projet Saint-Laurent, c’est développer uniquement entre Québec et Montréal. On oublie complètement, on évacue les régions. » Bref, ce fut une expérience difficile pour le représentant de la CAQ qui, étonnamment, a admis ne pas s’être préparé en vue de cet important débat !

Serge Simard avait lui aussi une lourde tâche, alors qu’il devait défendre le bilan de son gouvernement. L’ancien ministre délégué aux ressources naturelles et à la Faune est arrivé bien préparé et a anticipé les pièges tendus par ses adversaires. Comme ligne principale, il a insisté à maintes reprises sur le Sommet économique régional de juin 2015, où plus de 130 personnes, dont plusieurs ministres, acteurs locaux et hauts fonctionnaires, ont uni leurs forces afin d’identifier les stratégies les plus prometteuses pour l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Serge Simard a insisté sur l’importance de poursuivre la mise en œuvre des actions découlant de ce Sommet. Il a toutefois moins bien paru lorsqu’il a eu à justifier l’abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) et les problèmes démographiques de la région. Prétendre que l’économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean va bien en s’appuyant sur le taux de chômage en baisse, alors qu’en réalité, cette donnée est plutôt liée à une baisse constante de la population active, tel que le rapportait le rédacteur en chef Denis Bouchard dans son éditorial de mardi, était plutôt malhabile.

Enfin, le porte-étendard de Québec solidaire, Pierre Dostie, a offert une performance très solide dans la mesure où il s’adressait à la communauté d’affaires, une clientèle hostile à QS. Se concentrant sur son message plutôt que sur ses adversaires, il a nourri le débat de réflexions nuancées et pertinentes. Au lieu de revenir sur des concepts susceptibles d’engendrer la controverse, comme la nationalisation des installations hydroélectriques de Rio Tinto, il a mis l’emphase — et expliqué en détail — sa politique d’électrification des transports au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il a aussi mis en perspective l’importance du soutien aux communautés rurales, la nécessité d’un organisme de concertation inclusif et l’élection souhaitable des préfets par suffrage universel. Pierre Dostie a par ailleurs dénoncé le sous-financement des universités. Sa maîtrise du défunt projet CAMPS au Cégep de Jonquière a sans doute plu à l’auditoire, certainement plus que ses réserves manifestes à l’égard des grands projets de GNL Québec, d’Arianne Phosphate et de Métaux BlackRock. Au moins, il a eu le courage de s’exprimer en ce sens.