Il faut comprendre la première ministre, Pauline Marois, de vouloir donner un nouvel élan à sa formation, qui vogue sur son projet de charte et sur son efficace gestion de différentes crises, dont celle de Lac-Mégantic.

Langue, charte ou économie?

Y en aura-t-il pour les régions lors de la campagne électorale qui est à nos portes? Ou seront-elles oubliées dans les dédales de la charte des valeurs québécoises et des questions sur l'identité?
C'est vrai que le contexte est favorable au Parti québécois, qui n'a pu faire mieux, en 2012, qu'un gouvernement minoritaire après neuf ans de misère. Le Parti libéral et la Coalition avenir Québec ressemblent à des adversaires dégriffés, malmenés dans les sondages. À ce compte-là, il faut comprendre la première ministre, Pauline Marois, de vouloir donner un nouvel élan à sa formation, qui vogue sur son projet de charte et sur son efficace gestion de différentes crises, dont celle de Lac-Mégantic.
Économie
N'en déplaise aux Jeannois et aux Saguenéens, ils entendront parler ad nauseam de charte, de langue et de cours d'histoire du Québec, sans oublier le recyclage du bon vieux concept de référendum sur l'avenir du Québec si les conditions gagnantes sont réunies. Ces intérêts démontrent bien que, parfois, le Québec est coupé est deux: Montréal et le reste.
C'est dommage parce que le caucus péquiste de la région avait commencé, au cours des derniers jours, à vouloir faire des ouvertures sur la question préoccupante et vitale de l'économie. Faut croire que les députés savaient depuis un moment que des élections s'en venaient...
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il demeure quatre grandes questions liées à l'économie. Suivant l'entente de vendredi dernier entre Produits forestiers Résolu et Québec sur l'approvisionnement en bois et sur la centrale Jim-Gray, il reste tout le dossier de protection du caribou forestier à éclaircir, lequel met quelque 1000 emplois dans la balance. Il semble y avoir des divergences d'interprétation entre les fonctionnaires, la Conférence régionale des élus et les députés péquistes de la région. La question demeure entière : comment Québec fera-t-il pour atteindre son objectif de territoires protégés en évitant la perte emplois?
Deuxième question, et le ministre Stéphane Bédard y a enfin répondue (en partie) samedi dernier : Québec peut-il ajuster son tarif de l'électricité au prix du marché mondial? La question a flotté plusieurs mois avant que Stéphane Bédard montre une ouverture. Pourtant, son collègue Alexandre Cloutier était plus empressé aux dernières élections, ayant inclus dans son programme électoral la phase II de l'usine d'Alma. La région se trouve aussi devant un autre défi : Rio Tinto Alcan pourrait fermer les salles de cuves précuites (d'Arvida) à la fin de 2016, ce qui réduirait la production d'aluminium au projet-pilote de l'AP60, soit quelque 60 000 tonnes annuellement.
Troisième question : le projet de la minière Arianne Phosphate. Tout va bien pour la minière jusqu'à la construction d'une desserte sur le fjord du Saguenay à la hauteur de Saint-Fulgence. Une opposition s'est organisée et fera tout en son pouvoir pour contrer sa construction y compris un appel au Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE) ainsi que des pressions sur le fédéral qui gère les eaux. Les promoteurs, le milieu des affaires et plusieurs élus, dont le péquiste Jean-Marie Claveau, appuient sans réserve le projet. Québec peut-il dénouer l'impasse du quai de transbordement de Saint-Fulgence?
Quatrième sujet et non le moindre : Ferroatlàntica. Le maire Jean Tremblay croyait l'affaire dans le sac, mais le champagne et les plans seraient commandés à Shawinigan. L'entreprise espagnole investirait 375 millions $ et créerait 300 emplois. Saguenay se sent abandonnée par ses députés régionaux dans ce dossier et la déclaration de Stéphane Bédard n'a rien pour rassurer. Il a affirmé que Québec a crée les conditions attrayantes pour séduire Ferroatlàntica et qu'il appartient aux villes de faire valoir leurs atouts.
Utilité
Plusieurs croyaient que le PQ allait en faire l'annonce il y a trois semaines lors de son caucus en Mauricie, ce qui aurait provoqué la colère à Saguenay. Le gouvernement, qui sait tout dans ce dossier par l'intermédiaire d'Investissement Québec, fera face à un barrage de questions de la part des adversaires péquistes et, fort probablement, de la part de Jean Tremblay.
À bien y penser, si la campagne sert à débattre des questions économiques, elle aura, alors, été utile!