L’ambiguïté des chiffres sur l’emploi

ÉDITORIAL / Le taux de chômage au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 6,1 pour cent en août, pourrait laisser croire que les affaires vont bien.

Qu’est-ce que vous avez à vous plaindre en fait ? Chômage en baisse et pénurie de main-d’oeuvre ne viennent-ils pas confirmer que l’économie se porte bien ? Dans un passé pas si lointain, la région se « battait » pour le championnat canadien du chômage avec un taux autour de 12 pour cent !

En pleine campagne électorale, où les régions du Québec sont apparues sur le radar des partis politiques vendredi à la faveur du Sommet municipal 2018, organisé par l’Union des municipalités du Québec (UMQ), les chefs des principaux partis ont promis mer et monde aux régions, notamment des ministères, des fonctionnaires et le transfert d’un point de pourcentage de la taxe de vente du Québec.

Faire parler les chiffres
Il est à espérer que le chef qui sera élu le 1er octobre prochain tienne un peu de ses belles promesses parce que les régions ressources, appellation réductrice pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, ont besoin d’un électrochoc pour inverser une tendance selon laquelle la décroissance démographique est résolument amorcée, avec tout ce qui vient avec comme le vieillissement de la population.

Cette décroissance, véritable menace, explique les raisons pour lesquelles le taux de chômage est bas et que les entreprises manquent de main-d’oeuvre. Celui ou celle qui s’arrête à ces deux facteurs, chômage et pénurie de main-d’oeuvre, n’en voit pas de problème.

Pourtant, d’autres indicateurs, surtout ceux qui sont déterminants pour l’avenir, se trouvent carrément dans le rouge pour ne pas dire qu’ils boucanent comme un moteur déréglé. D’abord, la population stagne et atteindra son point de bascule à court terme. Ensuite, le nombre d’emplois à temps plein, 98 700, est le plus bas depuis longtemps, et 9000 de moins qu’en août 2017. Le nombre d’emplois à temps partiel est passé, en un an, de 23 000 à 26 000. Tous ces chiffres sont consignés sur le site de l’Institut de la statistique du Québec.

Encore quelques chiffres pour vous en convaincre : le nombre de personnes qui cherchent un emploi a diminué de 7000 en un an, donc le taux d’activité et le taux d’emploi ont aussi chuté. Trêve de statistiques, résumons-les ainsi : bien malgré elle, la région a adopté le mode de vie de la simplicité involontaire !

La semaine dernière, à son activité de lancement, la Chambre de commerce et d’industrie de Saguenay-Le Fjord avait pour sujet : l’avenir économique de la région. Unanimement, les panélistes ont cité les projets liés aux ressources naturelles comme porte de salut. Donc, Métaux BlackRock, Arianne Phosphate et GNL Québec doivent être les cibles dans le collimateur auxquelles il faut ajouter les plans d’expansion de Rio Tinto à Arvida et à Alma.

Soit, la région a sans équivoque besoin d’emplois dans ce créneau et doit faire tout en son pouvoir pour en voir émerger le plus possible, mais elle doit également exprimer clairement aux gouvernements fédéral et provincial son inquiétude face à son avenir. Sans stratégie pour diversifier l’économie, sans plan pour hausser l’aide à la recherche à l’UQAC et dans les quatre cégeps, sans volonté d’investir dans l’économie du savoir et sans action concrète pour encourager le développement des entreprises numériques, la région va manquer d’outils pour séduire ses propres enfants.

Un vrai programme
Le vrai parti, donc, le vrai parti des régions, dis-je bien, est celui qui a clairement en tête ce qui les attend si les choses continuent ainsi. C’est le parti qui va au-delà des initiatives spontanées, qui ne fait pas de surenchère par rapport aux programmes des autres et qui n’aura pas besoin de Google Maps pour venir au Saguenay-Lac-Saint-Jean une fois élu.

Bien entendu, ce parti aura écouté au préalable les Jeannois et les Saguenéens, dans leur plus grande diversité d’horizons, et se sera engagé à gérer le Québec de façon asymétrique, dans le but de mieux répondre aux besoins de chacune des régions.

La vraie question de l’urne pour les régions du Québec : que ferez-vous pour nous à partir du 2 octobre ?