Le pire ennemi de Justin Trudeau sera... Justin Trudeau lui-même.

L’adversaire des libéraux sera...

ÉDITORIAL / Les prochaines élections fédérales auront lieu dans un peu moins d’un an. À moins que l’état des choses ne change drastiquement au cours de la prochaine année, les libéraux de Justin Trudeau sont bien partis pour entreprendre un second mandat. Parce que les forces d’opposition sont trop morcelées, ce qui rappelle la situation dont avait profité le gouvernement de Jean Chrétien pour être réélu en 1997 et en 2000.

Les prochaines élections fédérales auront lieu dans un peu moins d’un an. À moins que l’état des choses ne change drastiquement au cours de la prochaine année, les libéraux de Justin Trudeau sont bien partis pour entreprendre un second mandat. Parce que les forces d’opposition sont trop morcelées, ce qui rappelle la situation dont avait profité le gouvernement de Jean Chrétien pour être réélu en 1997 et en 2000.  

Ce qui signifie que le pire ennemi de Justin Trudeau sera... Justin Trudeau lui-même.

Sous Andrew Scheer, les conservateurs croient avoir trouvé un digne successeur à Stephen Harper. Peut-être bien. Mais Maxime Bernier a montré les limites de l’action conservatrice en lançant son propre parti, le Parti populaire, qui misera sur des idées bien plus à droite que les bleus de M. Scheer. Ce dernier s’oppose à la taxe sur le carbone, mais c’est à peu près tout. Le Parti populaire militera contre la gestion de l’offre, mais aussi contre toute l’aide aux entreprises. Nous sommes pessimistes quant à ses chances de réussir à court terme. Une seule année ne suffira pas à lancer un nouveau parti solide, mais cela suffira à démontrer la faiblesse des conservateurs qui verront les plus intransigeants d’entre eux quitter pour le Parti populaire.

La situation est bien pire pour le Nouveau Parti démocratique. La cote d’amour de son nouveau chef, Jagmeet Singh, ne lève pas. Cela fait regretter la retraite anticipée que les néo-démocrates ont imposée à Thomas Mulcair. Ce dernier a subi toute une déception alors qu’il a démarré la course électorale de 2015 en tête des sondages, mais il ne méritait pas de partir pour autant. D’autant plus que le NPD n’avait pas de dauphin qui attendait en coulisses. C’est ce que l’on appelle se tirer dans le pied. En 2019, M. Singh constatera l’éclatement de son parti au Québec, où il avait pourtant fait élire 59 députés en 2011, sous Jack Layton. Il peinera à en conserver une poignée, selon les pronostics les plus optimistes.

Le Bloc québécois est revenu à l’avant-scène en 2015 en raflant 10 sièges à la Chambre des communes, une victoire à comparer aux quatre dont il avait dû se contenter en 2011 – le NPD lui subtilisant l’essentiel de sa députation. Mais un an suffira-t-il pour relancer le Bloc ? Depuis deux ans qu’il est aux prises avec des luttes intestines liées au leadership de son ex-chef Martine Ouellet. Sa ligne dure a mené au départ de sept députés, qui sont revenus au bercail quand Mme Ouellet a été défaite sur sa performance de 32 % lors d’un vote de confiance, en juin 2018. On parle maintenant d’une assemblée de refondation du Bloc qui doit avoir lieu au printemps. Mais il est permis de douter qu’il restera suffisamment de temps et d’énergie souverainiste en cette année d’élection pour être une vraie menace. Le Bloc risque de se retrouver encore une fois sur la voie de service.

Cela laisse Justin Trudeau pour battre Justin Trudeau. L’usure du pouvoir commence à faire son bout de chemin. Son message ambivalent sur l’environnement rend perplexes les Canadiens. Comment peut-on avoir un discours vert et acheter le pipeline Trans Mountain pour 4,5 milliards $ en même temps ? Et puis le paiement de 10 millions $ à Omar Khadr, le fiasco de sa tournée en Inde en 2017, le retrait de son engagement de mettre fin au vote uninominal à un tour, tout cela lui fera perdre des votes.

Assez pour perdre le pouvoir ? Pas avec l’opposition morcelée. Justin Trudeau doit dire merci à ses adversaires !