Lac Kénogami: étranges failles

Près de 18 ans après le déluge de 1996, et plus de 50 M$ d'investissements publics plus tard, le dossier de la gestion de la rivière aux Sables et du lac Kénogami n'est toujours pas réglée. Lundi, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a confirmé les informations publiées dans Le Quotidien du 10 janvier dernier. Il est effectivement impossible, pour les gestionnaires du Centre d'expertise hydrique du Québec, de hausser, en cas de crue importante, le débit de la rivière jusqu'au seuil d'évacuation prévu de 650 mètres/cubes par seconde, au risque d'endommager plus ou moins gravement, selon les débits, la centrale opérée sur le cours d'eau par Hydro-Jonquière.
Constats
Deux constats s'imposent. D'abord, une faille s'est manifestement glissée dans le processus de suivi du rapport Nicolet et dans la planification des travaux qui se sont déroulés depuis le déluge de 1996. D'accord, plusieurs partenaires, dont Saguenay, les comités riverains et de bassin, Hydro-Québec, Québec, Résolu, Rio Tinto Alcan et le Centre d'expertise hydrique, notamment, ont tous été impliqués, plus ou moins étroitement, dans le projet. Certes, cela fait beaucoup de monde à la table. Tout de même, il est inconcevable que l'on ait «oublié» de s'assurer que toutes les parties concernées fournissent leurs données et soient sur la même longueur d'onde concernant la capacité de leurs installations à résister et accepter le débit d'évacuation sécuritaire fixé à 650 mètres/cubes.
Mais, s'il a été porté depuis longtemps à l'attention du gouvernement du Québec que la centrale d'Hydro-Jonquière ne peut recevoir ce débit, il faut s'interroger sérieusement sur les raisons pour lesquelles aucune action n'a encore été prise afin de régler le problème. Et, si cette information cruciale n'avait pas encore été transmise à Québec par Saguenay avant les reportages des derniers jours, cela démontre également un sérieux problème dans le suivi et la gestion du dossier. D'autant plus que tant du côté de Résolu (Abitibi-Price à l'époque) que d'Alcan, des travaux de mise aux normes sur les installations ont été effectués dans la foulée des événements de 1996.
Le deuxième constat, c'est qu'au-delà de la recherche du ou des «coupables», il faut absolument que le gouvernement du Québec et que les élus de Saguenay s'assoient et identifient, rapidement, quels correctifs doivent être apportés afin de rendre conforme et efficace le barrage d'Hydro-Jonquière. Il faudra aussi s'entendre rapidement sur le paiement de la facture de ces travaux et sur un éventuel partage des coûts.
Déjà, la semaine dernière, le ministre et député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, s'est fait rassurant en indiquant qu'une nouvelle table de travail avait été mise en place, avec le mandat de réévaluer complètement le modèle de gestion du lac Kénogami.
C'est un euphémisme que d'affirmer que l'heure est à l'action. Les citoyens attendent du concret!
Le «mini-déluge» survenu en juin dernier a démontré qu'un risque subsiste pour les riverains du lac Kénogami et ceux de la rivière aux Sables. Les caprices de la météo étant ce qu'ils sont, il faut prendre en considération que de telles crues sont susceptibles de devenir non pas des exceptions mais plutôt les nouvelles normes. Clairement, les autorités doivent agir et placer ce dossier sur la «fast-track», sur le sommet de leur pile de dossiers prioritaires respectifs...
Dans une perspective plus large, la construction d'un réservoir tampon sur la rivière Pikauba, principale recommandation contenue dans le rapport Nicolet, apparaît encore comme la meilleure solution afin de faciliter et d'assurer une gestion optimale et sécuritaire du bassin du lac Kénogami. Le projet a d'abord été écarté par le gouvernement Charest au milieu des années 2000. Parce qu'il est coûteux et relativement complexe, on comprend que le nouveau gouvernement Marois n'a pas cherché à le replacer au coeur de l'actualité. Surtout dans le contexte budgétaire actuel.
Il demeure que l'on ne peut pas jouer avec la sécurité et la quiétude d'esprit des citoyens. Et qu'il est sans doute envisageable de doter un éventuel barrage «Pikauba» de turbines pour générer de l'énergie, ce qui permettrait d'amortir l'investissement. Chose certaine, 18 ans plus tard, il est temps de régler durablement et définitivement la question de la gestion du réservoir du lac Kénogami.