Éric Dufour et Emilio B. Imbriglio, respectivement directeur régional et président et chef de la direction de Raymond Chabot Grant Thornton, entourent Jean-Sébastien David, chef de l'exploitation d'Arianne Phosphate.

Lac-à-Paul : finesse et doigté

Dans le contexte actuel, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a besoin de projets structurants comme celui de la minière Arianne Phosphate au Lac-à-Paul. Ce constat posé, le défi consiste à faire «atterrir» en douceur les investissements caressés par la société dans la mesure où ceux-ci auront invariablement des impacts sur l'environnement et sur la quiétude de certains citoyens.
En entrevue éditoriale, mardi, le chef de l'exploitation d'Arianne Phosphate, Jean-Sébastien David, a été clair. L'exploitation du gisement du Lac-à-Paul passe par la construction d'un terminal maritime dans le secteur de l'Anse-à-Pelletier, à Saint-Fulgence.
Suivant les explications fournies par ce dernier, on comprend que la construction d'un terminal maritime à cet endroit est la solution la plus rentable économiquement. Mais, on saisit également que c'est aussi celle qui risque de générer le moins de problèmes d'acceptabilité sociale et le moins de risques sur le plan environnemental et du transport. Parce que, si les dirigeants d'Arianne Phopshate utilisaient les infrastructures déjà existantes du port de Grande-Anse, comme le suggèrent certains opposants, cela impliquerait le passage de dizaines de milliers de camions par Alma chaque année, dans des secteurs fortement habités. Puis le transbordement du minerai dans des centaines de wagons de train devant ensuite cheminer, chaque jour, vers La Baie via Jonquière et Chicoutimi. Les désagréments seraient alors plus nombreux, et pour davantage de citoyens. Sans compter les impacts pour la compagnie et pour l'environnement engendrés par ces manipulations du phosphore. Dans ces circonstances, la proposition de faire passer les camions lourds par des routes forestières et de procéder à un transbordement unique dans un port à Saint-Fulgence apparaît donc effectivement comme la meilleure option en terme d'acceptabilité sociale, comme celle générant le moins d'impacts négatifs et le moins d'opposition potentielle.
Finesse
Mais, cette conclusion ne signifie pas pour autant que la construction d'un port à l'Anse-à-Pelletier doive se faire à n'importe quelles conditions ni n'importe comment. C'est à cet égard que les élus municipaux et provinciaux, de même que les dirigeants de la compagnie, doivent agir avec doigté, transparence et finesse. D'accord, le concept même d'acceptabilité sociale ne signifie pas qu'il faille obtenir l'unanimité derrière un projet. Ce serait de toute façon une mission impossible. Ce serait se condamner à l'immobilisme économique et abandonner toute volonté, toute possibilité d'exploitation des ressources naturelles. Ce serait accepter de ne plus générer de retombées, de nouveaux emplois. Toutefois, cela signifie qu'il faut, pour les promoteurs, communiquer, être ouverts aux critiques et aux suggestions. Se montrer flexibles.
Jusqu'à maintenant, Arianne Phosphate a bien travaillé ces aspects, menant des consultations et organisant plusieurs soirées d'information. Un comité oeuvre de concert avec les autorités municipales afin de dégager des solutions pour limiter les impacts engendrés par la construction de silos et d'un quai à l'Anse-à-Pelletier. La compagnie minière confirme travailler sur sept scénarios différents d'aménagement à cet endroit où le fjord du Saguenay prend naissance. Ces démarches sont prometteuses. Ce dialogue constructif doit se poursuivre. Il doit être appuyé par les différents paliers de gouvernement. Le défi de trouver des solutions gagnantes dans cet aspect primordial du dossier est colossal. Il est à la hauteur des sommes en jeu pour l'ensemble du Saguenay-Lac-Saint-Jean et pour le Québec. Le projet nécessite des investissements de 1,276 G$, et devrait générer, selon les chiffres confirmés par la firme Raymond Chabot Grant Thornton, des retombées totales de plus de 12 G$ et 475 emplois directs pendant au moins 26 ans à un salaire moyen de 100 000$. Selon certains scénarios, le gisement pourrait même atteindre une durée de vie de plus de 50 ans. Le marché du phosphore est en pleine mutation, alors que les producteurs comme la Chine et la Russie n'exportent plus et que les États-Unis cherchent des fournisseurs stables, ce qui rend le projet attrayant à long terme. La région doit trouver comment en tirer profit de manière respectueuse et optimale, dans une perspective d'avenir. À cet égard, tous ont le devoir de livrer la marchandise, et de le faire intelligemment.