La victoire du pouvoir

ÉDITORIAL / La population de Roberval confirme qu’elle n’a d’allégeance que le pouvoir. Car, contrairement à ce que prétendaient certains observateurs et analystes, cette victoire de Nancy Guillemette n’est pas un premier test réussi pour la Coalition avenir Québec, et encore moins un désaveu envers le Parti libéral, le Parti québécois ou Québec solidaire. Lundi, ces Jeannois n’ont pas choisi un candidat plutôt qu’un autre ; ils n’ont pas choisi un parti pour ses idées ; ils ont simplement pris le meilleur siège disponible à l’Assemblée nationale : celui qui se trouve du côté du gouvernement.

L’élection de Philippe Couillard, en novembre dernier, était prévisible, voire inévitable dans les circonstances. Pendant quatre ans, l’ex-premier ministre s’est acquitté efficacement de ses fonctions de député, s’alliant ainsi les principaux intervenants du milieu socioéconomique local. Or, il était tout aussi prévisible qu’il se retire rapidement si son parti était défait. Jamais les électeurs de Roberval n’ont cru un seul instant qu’ils seraient dans l’opposition pendant quatre ans.

Cette fois-ci, la donne était fort différente et pour la CAQ, Roberval était aussi facile à cueillir qu’une pomme en septembre. Cela dit, la députée nouvellement élue, Nancy Guillemette, peut se présenter au Salon bleu la tête haute, car même si cette campagne somnifère ne passera pas à l’histoire, il demeure que la représentante de la CAQ n’a fait aucun faux pas susceptible de miner sa candidature. Elle a joué la carte de la prudence et elle a raflé la mise.

Petit bémol aux organisateurs de la CAQ : l’annonce de subventions pour les projets PME Durable 02 (490 000 $) et Désert de glace de Saint-Gédéon (3 274 000 $) au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en plein jour de scrutin, n’était absolument pas nécessaire pour remporter cette élection partielle et aurait très bien pu, au contraire, vous attirer la critique et le cynisme…

Bonne décision

Parlant de stratégies, il est à propos de souligner que François Legault n’a pas fait la même erreur que son homologue fédéral Justin Trudeau, dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord. Lorsque l’ex-député Denis Lemieux a annoncé sa démission en novembre 2017, l’étoile du premier ministre canadien brillait encore de tous ses feux. S’il avait déclenché une partielle dans les semaines suivant le départ de son député, ses adversaires n’auraient pas eu le temps de s’organiser et sans doute, l’étendard du Parti libéral du Canada flotterait toujours au-dessus de Chicoutimi-Le Fjord. Or, ce n’est pas ce qui s’est produit.

François Legault est demeuré maître de l’agenda. Il n’a pas attendu que son parti soit en crise ou qu’un éventuel « voyage en Inde » vienne ternir son image aux yeux des électeurs. La vague caquiste était encore bien vivante et cette fois-ci, Roberval n’y a pas échappé. Qui sait si le scénario aurait été identique dans six mois ?

À défaut d’une CRÉ

Maintenant, le Saguenay-Lac-Saint-Jean se retrouve avec quatre députés au pouvoir, alors que seul le péquiste Sylvain Gaudreault a été en mesure de conserver son siège en novembre dernier, dans Jonquière. Est-ce dire que la région est dans une meilleure position qu’elle l’était il y a 48 heures ? Sans doute, elle l’est.

En politique, la cohésion est souvent gage de succès. Avec des députés élus dans chacune des extrémités de ce vaste territoire, où les intérêts diffèrent parfois selon les réalités de chaque pôle, le nouveau caucus régional de la CAQ aura l’occasion d’harmoniser les dossiers de façon à ce qu’ils soient représentatifs de toute la région et de ses réalités géographiques. À défaut d’avoir une Conférence régionale des élus ou un autre organisme de concertation...