Desbiens accueillera le deuxième Forum international du chanvre l'année prochaine.

La Vallée du chanvre

ÉDITORIAL / Un Forum international sur l'utilisation industrielle du chanvre à Desbiens, au Lac-Saint-Jean, vous y croyez ? Quatre cents personnes provenant des quatre coins du monde, certains étant même des milliardaires ayant fait fortune grâce à cette culture, réunis sous un dôme dans une petite localité jeannoise qui compte à peine un millier d'habitants, vraiment ?
L'annonce a été faite mardi, sur la terrasse qui fait office de toit à l'hôtel de ville de Desbiens. Vous en conviendrez, associer Desbiens à un forum international, ça pique la curiosité. Le scepticisme est encore plus prononcé lorsqu'on y ajoute le mot chanvre, une culture encadrée, qui nécessite un permis spécial des forces de l'ordre canadiennes.
Mais qui dit Desbiens dit extrême, donc, l'événement méritait un détour.
Et c'est finalement sur place qu'on comprend le sérieux de la démarche. Le Forum en est à sa seconde édition, la première ayant eu lieu à Kyoto, au Japon. Mardi matin, le responsable de l'événement, un Japonais du nom de Takashi Okanuma, était présent pour confirmer la volonté de son organisation de tenir le prochain volet du salon dans la municipalité. 
Le montage financier reste à définir, comme la logistique, car Desbiens n'est certes pas outillée, en matière d'infrastructures, pour loger et nourrir un nombre aussi important de congressistes. Quoi qu'il en soit, le maire Nicolas Martel tenait à officialiser l'entente, se disant très confiant quant à la suite des choses. 
C'est plutôt rare qu'en politique, on procède ainsi. Mais il demeure que jusqu'ici, le maire Martel n'a jamais mordu la poussière après avoir vu grand pour sa municipalité. 
Et si, encore une fois, son ambitieux projet se matérialisait ? La présence du président régional de la fédération de l'Union des producteurs agricoles, Mario Théberge, et celle de son homologue de l'union des Producteurs de grains, William Van Tassel, témoignent d'un intérêt local pour l'idée. C'est un premier pas significatif. Mais, il faudra davantage et tous en conviennent. 
Le concept derrière ce projet est de faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean un foyer propice à la culture et à la transformation du chanvre. La Vallée du chanvre, rien de moins. 
Aucun producteur ne dira non à des revenus potentiels. Or, comme dans le cas de la poule et de l'oeuf, avant d'investir et d'hypothéquer leurs terres, il leur faudra d'abord une garantie. Nicolas Martel envisage l'implantation d'une usine de transformation dans sa localité, plus précisément dans les anciens bâtiments de Johnson & Johnson ou ailleurs. Deux options sont considérées. À découvert, il admet vouloir attirer un géant, Logistik Unicorp, qui chercherait présentement un endroit pour installer une unité de transformation. Leurs besoins, dit-on, sont équivalents à la production régionale actuelle de chanvre. « Arrêtez de chercher, c'est Desbiens votre place. » C'est ce qu'a lancé Nicolas Martel sous l'oeil des caméras, espérant ainsi que son message se rende aux bonnes personnes. Un petit pari qui peut rapporter gros : une cinquantaine d'emplois dans une municipalité qui cherche désespérément à se redynamiser. Qui pourrait lui reprocher de courtiser un investisseur de cette envergure ?
La tenue du 2e Forum international sur l'utilisation industrielle du chanvre doit avoir lieu les 7 et 8 juillet 2018. D'ici là, toutes les pièces du casse-tête doivent être mises en place, de l'hébergement des participants à la présence d'invités de marque. Néanmoins, mercredi matin, l'administration municipale de Desbiens s'est positionnée et a semé une graine qui risque de porter fruit. 
Avec tous ses hectares dédiés à la sylviculture, un mastodonte tel Produits forestiers Résolu pourrait certainement trouver un intérêt à accompagner les organisateurs, comme l'ont fait l'UPA et les Producteurs de grains du Québec. Il en est de même pour les MRC et les municipalités de la région. Car, c'est souvent d'un rêve fou que naissent les plus brillantes idées. 
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, royaume du chanvre ? Pourquoi pas.