Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx vient tout juste de lancer le livre «Un Québec libre et un Québec qui sait lire et écrire».

La trace du ministre Proulx

ÉDITORIAL / «On n’arrivera à rien collectivement, ni individuellement, si l’éducation ne fait pas partie de nos valeurs fondamentales. Si elle n’est pas valorisée. Si elle n’est pas incontournable», écrit le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Qui tente-t-il de convaincre avec son livre «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire»? Le public ou les membres de son propre gouvernement et les stratèges de son parti?

M. Proulx, le quatrième ministre de l’Éducation depuis l’élection de 2014, dit avoir rédigé un livre pour «laisser une trace», pour alimenter la réflexion et le «débat social autour de la priorité à accorder à l’éducation».

Sans doute aussi, à quelques mois des élections, pour effacer les traces des faux pas de son gouvernement en début de mandat. Le livre de M. Proulx se veut un appel à l’espoir, à la mobilisation pour la réussite éducative. Notons que l’appel à la mobilisation pour l’éducation est venu de citoyens dénonçant les effets de l’austérité budgétaire libérale chez les plus vulnérables. 

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Le livre de M. Proulx a le mérite de rappeler des choses fondamentales que des politiciens négligent, et même malheureusement des ministres de l’Éducation qui ne sont pas toujours des «accélérateurs de changements» positifs pour les élèves, pour se conformer à la mode du jour et répondre aux divers groupes de pression.

Sébastien Proulx insiste sur la nécessité d’intervenir tôt dans la petite enfance et de soutenir les parents, sur l’importance de la lecture, de la culture générale et de l’alphabétisation qu’il considère comme un devoir d’État et de tous les instants. «Lutter contre l’analphabétisme, c’est aussi lutter pour éliminer les inégalités, c’est protéger des personnes qui à leur tour pourront se défendre, faire des choix, se valoriser et s’occuper d’elles-mêmes dignement.» 

Dommage que M. Proulx n’ait pas su imposer sa vision lorsque son gouvernement comprimait les dépenses en éducation et dans les services à la petite enfance. On tourne la page parce que le budget n’est plus dans le rouge?

Les surplus ne sont pas une garantie de jours meilleurs et de réussite pour tous les écoliers. Le ministre réfute en effet le constat du Conseil supérieur de l’éducation voulant que l’école québécoise soit la plus inégalitaire au Canada notamment parce que plusieurs enfants sont inscrits à l’école privée et aux programmes particuliers (sports, langues, arts, éducation internationale) des écoles publiques.

M. Proulx souhaite que ces programmes soient ouverts au plus grand nombre, mais se garde bien de préciser qui absorberait la facture réclamée aux parents et comment les enfants en difficulté pourraient y être intégrés. Il ne parle pas non plus de la lourdeur de la classe ordinaire causée par le départ des meilleurs élèves et la présence de plusieurs élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. C’est pourtant un enjeu  majeur.

L’auteur Proulx insiste, et avec raison, sur la nécessaire valorisation de la profession enseignante. Il préconise d’exiger un diplôme de deuxième cycle aux futurs enseignants, d’envisager la création d’un ordre professionnel et d’un programme d’insertion professionnelle. Aucun mot cependant sur un rehaussement de la rémunération des enseignants et le financement  des départements et facultés d’éducation qui se disent «atrophiés comme peau de chagrin». 

Le ministre souhaiterait qu’on lève les yeux des budgets, il voudrait «moins de Conseil du trésor» et plus de conversations franches et ouvertes avec les acteurs en éducation. 

Souhaitons que son livre contribue à faire comprendre à un grand nombre de citoyens et  de politiciens que l’éducation est un investissement, et non une simple dépense.