Le ministre Carlos Leitão a présenté son budget, mardi, à l'Assemblée nationale.

La touche finale de l’oeuvre libérale

ÉDITORIAUX / Pour le contribuable qui ne s’attarde pas aux discours partisans, le budget Leitão est difficile à critiquer. L’exercice est généreux, sensiblement adapté aux tendances populaires, il tient compte de la majorité des besoins manifestés par les régions, bref, il s’agit d’un budget de campagne électorale dans sa plus pure expression.

À quelques mois de l’appel aux urnes, le gouvernement Couillard compte ainsi renouer avec une population qui lui est de moins en moins favorable, selon les récents sondages. 

Un feu d’artifice de dépenses, pour reprendre les termes de Jean-François Lisée dans les minutes suivant sa lecture du budget. Le chef du PQ a raison, mais aurait-il fait autrement ? Et François Legault ? 

La formule est questionnable, certes, mais admise – et répétée – depuis si longtemps : trois années de restrictions suivies d’une année d’abondance. 

Qui plus est, le contexte n’aurait pu être plus propice, alors que le PIB au Québec a connu une croissance inespérée de 3 % en 2017.

Tant à Montréal qu’ailleurs sur le territoire, tous ont reçu leur dot de l’État et peuvent aborder les prochains mois avec optimisme. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne fait pas exception. La question est : dans quelle mesure nos élus locaux et nos entrepreneurs sauront profiter de la manne ? Car, si les leviers offerts sont multiples, il demeure que tous souhaiteront s’accaparer la part du lion. 

C’est à cette table que la région est conviée et elle doit s’y présenter unie, avec en tête qu’une telle embellie ne se produit qu’aux quatre ans.

La main-d’œuvre avant tout

Entre autres faits marquants susceptibles de se traduire en retombées pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Fédération québécoise des municipalités évoque des investissements supplémentaires de 30 millions de dollars par année pour l’entretien du réseau routier, assortis d’une bonification quinquennale de 100 millions pour la réhabilitation des routes. La FQM souligne aussi les sommes ajoutées au Programme de réduction des tarifs aériens.

Ces efforts de l’État doivent être accueillis avec enthousiasme, mais ce sont toutefois les 90 millions de dollars alloués au recrutement de travailleurs qui doivent retenir l’attention des décideurs et entrepreneurs de la région en cette période de pénurie de main-d’œuvre. 

Il y a moins d’une semaine, dans le cadre du Colloque Action économique, le pdg de l’entreprise Béton préfabriqué du Lac, Robert Bouchard, affirmait ne pas pouvoir investir dans ses infrastructures almatoises faute de main-d’œuvre. BPDL n’est pas la seule entreprise dans cette situation. Longtemps annoncée, la pénurie de personnel qualifié frappe de plein fouet la région et constitue un frein à son développement. Il est donc crucial d’aborder la problématique avec toute l’énergie que celle-ci requiert, dans une logique d’ouverture face à l’immigration et à la contribution des aînés.

Québec ouvre grande la porte avec ce budget ; à nous maintenant de la franchir. 

La réponse en octobre

Le budget 2018 est la touche finale du premier mandat de Philippe Couillard et de son équipe, la conclusion d’un essai qui a été ponctué par l’austérité et les coupes, notamment celles imposées au système de santé. Il appartient désormais aux électeurs d’apprécier l’œuvre dans son ensemble et de choisir. Et c’est le 1er octobre qu’on saura avec précision si cette répartition du butin a donné du vent dans les voiles des libéraux ou si, au contraire, la stratégie du gouvernement n’a fait qu’alimenter le cynisme des contribuables. 

Tremplin pour l’équipe Couillard ou héritage empoisonné pour le prochain gouvernement ? 

La réponse dans quelques mois.