Marc St-Hilaire

La STS n’est pas une PME

ÉDITORIAL / Dans le débat entourant la Société de transport du Saguenay (STS), le conseiller Jean-Marc Crevier a initié une réflexion qui démontre l’ampleur du problème. Également vice-président de la STS, il s’est exprimé en ces termes : « Si on voulait faire comme le privé, on n’offrirait le service qu’à Chicoutimi. »

La solution la plus facile serait, en effet, de limiter le périmètre du transport collectif au principal arrondissement de la ville, sans tenir compte des autres périphéries. Or, le mandat des élus n’est pas d’administrer à la manière de banquiers ou de présidents de compagnies, mais d’assurer une saine gestion des fonds publics. Et cette nuance comprend une responsabilité inéluctable, soit celle d’assurer un service de qualité aux citoyens de l’ensemble de leur territoire. Dans le cas d’une ville comme Saguenay, où cohabitent le savoir, les industries, le commerce, l’éducation, la vie rurale et urbaine, le transport en commun fait partie de ces services qu’on ne peut abandonner. Ne serait-ce que par conscience collective.

Alors que faire ? Parce que s’il y a une crise présentement au conseil, celle-ci origine essentiellement des déficits budgétaires de la STS, lesquels doivent être comblés par l’hôtel de ville conformément à la loi. Pour boucler leur budget 2020, les administrateurs de la STS ont ainsi sollicité un effort supplémentaire de 725 000 dollars, somme qui s’ajoute à la quote-part de Saguenay, établie à 12,4 millions de dollars. C’est beaucoup d’argent. Suffisamment du moins pour soulever les interrogations des membres du conseil ainsi que de la population. Suffisamment aussi pour raviver les commentaires tels « les bus sont toujours vides » et « les jeunes ont tous des chars ».

Or, ce dossier mérite une analyse beaucoup plus pointue, qui tient en compte la mission de la STS et des besoins de chaque citoyen, du plus vulnérable au mieux nanti. Faut-il rappeler le tollé engendré par les coupes dans le transport adapté pour s’en convaincre ? Il faut également garder en tête que la STS couvre une distance linéaire de plus de 1200 kilomètres de route, presque trois fois plus que dans les villes comparables de Lévis et Sherbrooke, pour reprendre l’argumentaire de Jean-Marc Crevier.

Il demeure cependant que des mesures doivent être prises afin de corriger le tir et atteindre l’équilibre budgétaire. Il s’agit là de la seule façon de taire la critique et de protéger la crédibilité des administrateurs impliqués. Ces derniers sont imputables et, à défaut de gérer le destin de la STS comme s’il s’agissait d’une PME, ils ont néanmoins le devoir de respecter les budgets qui leur sont alloués.

Et ce n’est sûrement pas en se prêtant à des engueulades sur les ondes de Radio-Canada, comme celle survenue mardi matin entre le président de la STS, Marc Pettersen, et son homologue du comité des finances, Michel Potvin, que l’autobus va avancer dans la bonne direction.

Pour Marc Pettersen, qui est le demandeur dans ce dossier, il serait nettement plus sage et stratégique d’emprunter la voie diplomatique plutôt que l’affrontement. Un gestionnaire avisé ferait tout en son pouvoir pour faire monter à bord l’ensemble des élus, et pas uniquement une infime majorité de ses pairs. Mais pour y arriver, il devra d’abord trouver les solutions et les faire appliquer, en harmonie avec la direction générale de son organisation. Il devra déposer rapidement, devant ses pairs, un plan concret, réaliste, qui prévoit l’atteinte de l’équilibre budgétaire pour la STS dans un avenir très prévisible.

Sans quoi, plutôt que d’avancer dans la bonne direction, son autobus risque de manquer de frein et de frapper un mur. Un scénario qui ne profitera à aucun Saguenéen, même pas au plus ardent critique du transport en commun.