La SAQ aimerait pouvoir ouvrir quelques petites succursales de 1500 pi2 à l'intérieur de supermarchés, au début de l'année prochaine, pour tester l'idée.

La SAQ et le terroir régional

Il est grand temps, pour le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), de s'attaquer de front aux obstacles qui empêchent, depuis trop longtemps déjà, la commercialisation à petite et à moyenne échelle des produits alcoolisés artisanaux dans les points de vente de la SAQ et dans les épiceries de la province.
L'incohérence de la politique en vigueur au Québec, dans ce domaine, a été démontrée de nouveau dans la dernière livraison du Progrès-Dimanche. Sous la plume de la journaliste Anne-Marie Gravel, des producteurs artisanaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont revenus à la charge pour déplorer qu'ils leur soient, à toute fin pratique, impossible de satisfaire toutes les normes et les standards pour entrer sur les tablettes des succursales de la SAQ. Et qu'ils leur soient également impossible de vendre leurs produits directement en supermarché et en épicerie, ce qui constituerait une option de rechange intéressante pour ceux-ci.
Le plus aberrant dans cette situation, qui perdure depuis de nombreuses années et qui a été maintes fois dénoncée, c'est que les solutions à ce problème sont peu coûteuses et ne nécessitent que quelques modifications réglementaires qui apparaissent plutôt aisées à apporter.
Approches
Deux approches possibles se dessinent. La première consisterait à donner aux dirigeants de chaque succursale importante de la SAQ la latitude requise pour identifier et acheter eux-mêmes des produits issus des régions et les placer sur leurs tablettes. Si cela est techniquement ou administrativement trop compliqué, ceux-ci devraient au moins avoir la possibilité de recommander aux acheteurs de la société d'État quels produits artisanaux devraient être rendus disponibles à leurs clients dans chaque région. Une telle démarche simplifiée permettrait aux producteurs locaux d'avoir un accès direct aux tablettes des SAQ de leur région, et d'y écouler une partie de leur production. Cela offrirait du coup à eux-mêmes, ainsi qu'à la société d'État, une plus grande flexibilité dans la nature et dans la quantité des produits vendus. Cela contournerait efficacement les problèmes engendrés par l'actuelle politique d'approvisionnement de la SAQ, qui exige d'énormes inventaires livrables à la grandeur du territoire québécois en tout temps.
L'autre approche consiste à modifier le cadre réglementaire qui empêche actuellement les producteurs de produits alcoolisés artisanaux de vendre leurs bouteilles directement dans les épiceries. Ce serait sans doute l'option la plus flexible et la moins compliquée. Probablement aussi la plus efficace...
Toutefois, cette approche vient aussi en quelque sorte en opposition avec la volonté de la société d'État d'ouvrir de nouveaux points de vente spécialisés dans certains supermarchés du Québec.
Mission
Ce qui nous ramène à la mission que les Québécois, et que le gouvernement du Québec, souhaitent voir remplir la SAQ. Le monopole d'État a certes pour objectif de générer des revenus importants pour le trésor public. Il vise aussi à rendre plus faciles la réglementation et le suivi de la vente d'alcool dans la province. Mais, est-il utopique de croire que la SAQ peut aussi agir, du même souffle, en tant que vitrine pour les produits artisanaux fabriqués au Québec? Peut-on croire que la SAQ peut et doit agir en tant que partenaire pour le développement des régions du Québec? Voilà qui maximiserait les revenus de l'État...
Sans doute, d'autres options existent afin de faciliter la vente des produits alcoolisés artisanaux du Québec sur les tablettes de la Société des alcools du Québec et sur les tablettes des grandes épiceries. Il suffit d'avoir la volonté d'agir et de trouver des solutions.
Le ministre titulaire du MAPAQ, Pierre Paradis, se serait montré enclin à s'attaquer à la situation. Tant mieux!
En attendant, en cette période estivale, le sujet a de quoi alimenter de rafraîchissantes réflexions!