Chantale Cyr, directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay

La pyramide de Mme Cyr

ÉDITORIAL / Le pavillon Au Millénaire devait se matérialiser à coût nul, ou presque. Dans ces circonstances, il était de mise de saluer le côté visionnaire de la directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, à l’origine de ce projet de conversion de l’ancienne école Georges-Vanier de La Baie. L’implantation d’un établissement trilingue à la fine pointe de la technologie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a d’ailleurs suscité l’intérêt des médias nationaux. Aujourd’hui toutefois, l’école primaire a davantage les attributs d’une pyramide érigée sans restriction budgétaire, à l’image des idées de grandeur de son instigatrice.

Selon des documents obtenus par la journaliste Mélyssa Gagnon, en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, près d’un million de dollars ont été investis pour l’aménagement de cette école, sans compter d’autres frais ainsi que les travaux réalisés en régie interne, qui se traduisent en centaines de milliers de dollars supplémentaires. Au total, pas moins de 1,3 million de dollars ont été dépensés dans cette aventure. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous sommes à des années-lumière du projet « autofinancé » dont il était question au départ. 

Et dire qu’il y a à peine quelques mois, Mme Cyr et une délégation de responsables de la commission scolaire devaient se rendre en France pour chanter les louanges de ce projet, dans le cadre d’un colloque sur l’enseignement. 

Cette histoire s’ajoute à toutes celles qui ont bouleversé les opérations de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay au cours des derniers mois. Faut-il rappeler que l’institution publique est présentement sous enquête ministérielle en raison de sa gestion administrative ? Visiblement, un meilleur encadrement s’impose à la tête de l’organisation. Et nécessairement, les agissements et les décisions prises par la directrice générale, embauchée il y a à peine deux ans, doivent être passés au peigne fin. 

Chantale Cyr est au cœur de la tourmente dans ce dossier de dépassements de coût. Mais il y a aussi ses frais de déménagement de plusieurs milliers de dollars, incluant la décoration de sa nouvelle résidence, qui laissent un goût amer en bouche, comme ses factures de restaurants où apparaissent bières et bouteilles de vin, ou même sa nuit à l’hôtel à 323 $, en attendant l’arrivée de ses meubles. 

Mme Cyr a été recommandée par la firme Psy-Com, qui a empoché 23 000 dollars de l’ancien conseil des commissaires pour identifier la meilleure candidate disponible. Entre le 25 août 2016 et le 24 mai 2017, le même groupe et son président, Gilles Vachon, ont obtenu, sans appel d’offres, l’équivalent de 171 000 dollars en contrats de consultation. La présidente de la commission scolaire, Liz Gagné, a d’ailleurs reconnu, en entrevue au Journal de Québec, que les sommes allouées à de telles collaborations externes ont explosé au cours de cette période.

Il n’existe possiblement aucun lien entre l’embauche de la directrice générale et cette multiplication de contrats, mais il apparaît clair qu’une gestion financière serrée n’était pas au sommet des priorités de Mme Cyr. 

Une bulle gonflée de vaines promesses

L’école Au Millénaire est certes révolutionnaire et sans doute, elle procure à ses élèves des conditions exceptionnelles d’enseignement. Mais avant d’être lancé à même les fonds publics, un tel projet doit d’abord être finement ficelé, en collaboration avec l’État. 

Or, c’est tout le contraire qui s’est produit dans ce dossier, si bien qu’au lieu de mesurer la progression des jeunes qui ont la chance de fréquenter l’établissement, les contribuables ont l’impression (justifiée) d’avoir financé une bulle aussi spontanée que gonflée de vaines promesses. 

La situation est d’autant plus frustrante que partout ailleurs, les classes débordent et les enseignants crient à l’aide.