La population veut des solutions

ÉDITORIAL / Il y a de ces tempêtes que seul le temps peut apaiser. C’est le cas de celle qui a pris naissance à Saguenay cette semaine ; une tornade nourrie par la colère des contribuables de Laterrière à l’endroit de l’administration de Josée Néron. Ces derniers annoncent d’ailleurs un nouvel assaut à l’hôtel de ville, lundi, dans le cadre de la séance publique du conseil municipal. Pour une première fois, la mairesse doit affronter sa population, et non seulement une poignée d’opposants animés par leurs intérêts personnels ou politiques. Josée Néron n’a pas droit à l’erreur dans la gestion de cette crise, si elle souhaite que 2019 soit, comme elle se plaît à dire, l’année des grands projets.

Selon l’agenda de la mairesse, une consultation populaire sur le projet d’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi devrait prendre forme dans les prochains mois. Or, ce référendum pourrait devenir davantage un test de popularité qu’un exercice démocratique sur ledit projet. À tort ou à raison, un rejet catégorique pourrait être interprété tel un désaveu à l’endroit de la mairesse et de son équipe. Des estrades, le chef du Parti des citoyens de Saguenay, Dominic Gagnon, se fera d’ailleurs un devoir de tisser un lien entre l’issue de l’éventuelle consultation et la légitimité de sa rivale des dernières élections, advenant un refus des Saguenéens.

Aussi, dans les circonstances, Josée Néron aurait avantage à mettre tout projet sur la glace et concentrer l’essentiel de ses efforts à calmer le jeu. Car, en ce moment à Saguenay, les gens ne parlent que d’une chose : la hausse annoncée de leur compte de taxes, un document que les citoyens n’ont même pas encore reçu !

Malheureusement pour la mairesse et ses conseillers, le discours selon lequel l’ancienne administration est l’unique responsable du gouffre financier de Saguenay ne passe simplement pas. La population ne veut plus connaître les raisons du désastre, elle réclame des solutions. Et une hausse du compte de taxes ne fait pas partie de celles qui sont admises collectivement. Lorsque même un économiste comme l’ancien professeur de l’UQAC, Gilles Bergeron, accuse la mairie de manipuler les chiffres afin de minimiser l’ampleur de ses mesures, il y a matière à se questionner, que ses arguments soient fondés ou non. Faut-il rappeler que M. Bergeron a longtemps été cité par l’Équipe du renouveau démocratique, le parti de Josée Néron, pour ses critiques répétées contre l’administration de Jean Tremblay ?

L’heure n’est ni aux grands projets ni aux consultations vouées à l’échec. Josée Néron doit avant tout encaisser le ressac politique de son augmentation de taxes et composer avec le courroux de ses électeurs, sans ressasser éternellement le passé. Humblement, elle doit prendre acte de la pétition mise en branle par le groupe Action citoyenne Saguenay — près de 4000 personnes ont déjà apposé leur signature sur le document — même si elle est très consciente des intérêts politiques qui sont à l’origine de cette démarche. Bref, Josée Néron doit faire de la politique intelligente et stratégique si elle espère mener son bateau à bon port, car actuellement, l’océan est parsemé d’écueils susceptibles de causer des dommages irréparables à son administration.

La mairesse doit aussi s’adjoindre des alliés influents, forts, capables d’articuler autrement les idées qu’elle défend. Qui dans cette ville a récemment pris position pour Josée Néron, pour ses politiques, de façon publique et sans équivoque ?

Oui, le temps vient à bout de toutes les tempêtes, mais lorsqu’on dérive en mer avec à peine deux ou trois matelots à bord, que les vagues se déchaînent, que la coque craque de partout et que les glaciers se profilent à l’horizon, l’heure n’est pas aux projets ambitieux, mais à la survie.