Richard Hébert, député de Lac-Saint-Jean

La politique dans la peau

ÉDITORIAL / Les gens connaissent Richard Hébert pour le rôle de maire qu’il a occupé au cours des quatre dernières années à Dolbeau-Mistassini. Ils le connaissent également comme candidat élu à l’élection partielle dans Lac-Saint-Jean, représentant du Parti libéral du Canada. Or, ce qu’ils connaissent du nouveau député n’est qu’un papillon encore bien enveloppé dans son cocon. Richard Hébert est très ambitieux, stratège, et à peine vient-il de franchir la porte de la Chambre des Communes que déjà, il commence à déployer ses ailes. Comme elle l’a fait en appuyant Denis Lebel, la circonscription de Lac-Saint-Jean s’est donné un homme qui aspire à des fonctions influentes au sein du gouvernement. Et sans aucun doute, il caresse dorénavant un seul et unique rêve : celui de devenir ministre.

Le député Hébert connaît par cœur le petit guide du parfait politicien. Affable, souriant, confiant sans être arrogant, élégamment vêtu en toutes circonstances, il ponctue ses réponses d’anecdotes bien pesées et de références à l’histoire, sans jamais dévier du sujet abordé. Il est habile en politique, comme il devait sûrement l’être pour son entreprise funéraire. Le bon mot pour chaque occasion ; pour chaque discussion. 

Son prédécesseur avait ce même talent, et regardez jusqu’où son éloquence l’a mené. 

Il y a des années, le père de Richard Hébert lui a dit : « Si tu te lances en politique un jour, arrange-toi pour gagner. La défaite colle à la peau d’un politicien comme une tache sur un vêtement. » À cette époque, des personnes l’avaient convaincu d’affronter le conservateur Benoît Bouchard, un monument dans sa circonscription sous l’ère de Brian Mulroney. Après cet entretien avec son paternel, il a reculé d’un pas. 

Il a placé son projet sur la glace, mais n’a jamais cessé de le nourrir jusqu’à cette soirée de novembre 2016 où, par hasard, il a croisé un stratège du parti de Justin Trudeau. « Lebel ne finira pas son mandat et je suis votre homme pour le remplacer », a-t-il dit à son interlocuteur. Il avait prédit cette démission des mois à l’avance. Comme il avait prédit qu’il remporterait l’investiture, puis l’élection partielle. La graine était semée, et l’aventure débutait. 

Richard Hébert a joué « all in », comme il se plaît à dire. Il a tourné le dos à la politique municipale, puis s’est lancé corps et âme dans ce nouveau défi. Son intuition ne l’a pas encore trahi à ce jour. 

Le politicien est comme un boxeur, dit-il. Il doit se peser en «bobettes » devant tout le monde. L’image est saisissante, mais elle illustre parfaitement ce à quoi un élu s’expose lorsqu’il devient une personnalité publique. C’est l’une des raisons pour lesquelles si peu de gens briguent les suffrages. Richard Hébert, lui, évolue dans cet univers tel un poisson dans l’eau. Et s’il nageait dans un aquarium jusqu’ici, c’est maintenant l’océan qui s’offre à lui. 

Il a remporté une circonscription convoitée par les libéraux fédéraux depuis 37 ans, tel que le soulignait la journaliste Laura Lévesque dans notre édition de vendredi. Il a été accueilli en héros par ses pairs pour cette victoire improbable, et tous sont conscients de l’importance de rendre à César ce qui appartient à César, le premier ministre Justin Trudeau au premier chef. Aussi serait-il d’usage qu’on le récompense de responsabilités équivalentes à son exploit. Et tant qu’à spéculer, pourquoi ne pas lui confier les commandes de l’Agence de développement économique Canada pour les régions du Québec, un outil qui a déjà démontré sa grande utilité pour les territoires éloignés et qui est actuellement dilué au sein du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique ?

Il s’agirait d’un message fort et potentiellement rentable pour le gouvernement, à l’aube d’une autre élection partielle au Saguenay-Lac-Saint-Jean, conséquence de la démission inattendue du député Denis Lemieux dans Chicoutimi-Le Fjord.