Josée Néron.

La lune de miel est terminée

ÉDITORIAL / La crise de leadership a atteint un point critique cette semaine à Saguenay, après des mois ponctués d’événements préoccupants pour l’administration Néron.

Il y a d’abord eu les déclarations du grand financier de la Ville, Michel Potvin, principal allié de la mairesse Josée Néron au sein de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD), dans le dossier de la nappe phréatique de Laterrière. Puis, il y a eu la controverse entourant le projet d’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi, qui a isolé la mairesse et permis à certains conseillers de l’écorcher, sans réprimande ni conséquence. Plus récemment, Kévin Armstrong s’est offert une envolée spectaculaire en pleine séance du conseil, sur fond de guerre de clocher, alors qu’il a ouvertement critiqué les fonctionnaires et attaqué de front Josée Néron. Son coup d’éclat a finalement eu l’effet d’un pétard mouillé, mais il a néanmoins démontré que rien ne va plus à l’hôtel de ville ; que tout est permis.

Et Josée Néron dans tout cela ? 

Plutôt que d’appeler son conseil à l’unité et d’isoler ceux et celles qui aiment la voir s’enfoncer davantage, elle a choisi de s’approprier les réussites de son administration à grands coups de « c’est moi qui a fait ci ; c’est moi qui a proposé ça ». On ne saurait adopter pire attitude à bord d’un navire à la dérive, occupé par une majorité de matelots enclins à la mutinerie. 

Un chaos prévisible

La sortie malhabile du conseiller Armstrong n’a pas affaibli la mairesse, au contraire. Par contre, celle de son collègue Jean-Marc Crevier, rapportée dans la dernière édition du Progrès sous la plume de Mélyssa Gagnon, témoigne de l’ampleur de la division qui règne à Saguenay. 

D’abord parce que Crevier est une personnalité crédible, reconnue pour son leadership exceptionnel. Au cours de sa carrière de représentant syndical, il a non seulement gagné le respect de ses pairs, mais également celui des parties patronales avec qui il a dû négocier. Josée Néron n’avait aucun intérêt à s’approprier tout le crédit du centre multisport de Jonquière. Encore moins de se mettre à dos Jean-Marc Crevier. 

Or, plutôt que de tenter une réconciliation avec les indépendants de l’arrondissement, elle a jeté de l’huile sur le feu. « C’est moi qui… »

Est-ce plus fort qu’elle ? Est-ce attribuable à toutes ces années au cours desquelles l’ex-maire Jean Tremblay ne lui a reconnu aucun mérite ? Ou est-ce encore sa façon d’imposer son pouvoir ? Quels que soient les motifs, la mairesse a semé le vent sans jamais anticiper la tempête, comme si elle ne savait gérer que dans l’immédiat. 

La lune de miel est terminée pour Josée Néron. Pendant quelques mois, elle a capitalisé sur la colère généralisée à l’endroit de l’ancienne administration de Saguenay. Les contribuables, de même que les conseillers, lui ont pardonné certains écarts. Or, elle n’a pas su profiter de cette période de grâce pour s’élever au niveau de leader. Et aujourd’hui, elle se retrouve avec beaucoup moins d’alliés que d’adversaires potentiels à l’hôtel de ville. Les conseillers nouvellement arrivés, Crevier et Armstrong étant du lot, commencent à avoir l’assurance nécessaire pour confronter la mairesse sans retenue, sur tous les flancs et en toutes circonstances. Il y a aussi les Julie Dufour, Jonathan Tremblay, Simon-Olivier Côté, Michel Potvin (même s’il fait partie de l’ERD), Carl Dufour et le toujours imprévisible Marc Pettersen, toutes des personnes susceptibles d’ébranler Josée Néron, selon ses positions, à un moment ou à un autre de son mandat.

Saguenay est en crise, malgré les annonces positives et les bonnes nouvelles. Imaginez lorsque ça ira mal… Et ce qui est le plus inquiétant pour Josée Néron et les stratèges qui l’entourent, c’est que le chaos était prévisible et que rien n’a été fait pour l’éviter. Le passé étant garant de l’avenir, une réflexion serait sans doute de mise. Car sur l’échiquier politique, il est impensable de l’emporter en solo. 

La situation n’est pas irréversible, mais Josée Néron est-elle capable de passer du « moi » au « nous », une condition sine qua non à la présidence d’un conseil d’indépendants ? À la lumière des récents événements, il y a lieu d’en douter.