Le Commissaire à la santé et au bien-être relève des disparités entre les régions. Une personne sur la Côte-Nord devra patienter jusqu’à 15 mois pour avoir des soins dans un CHSLD. Celle habitant la Capitale-Nationale attendra 10 mois, celle de Chaudière-Appalaches 8, et celle du Bas-Saint-Laurent, 2.

La loterie des CHSLD

ÉDITORIAL / Des personnes âgées ont beau être en perte d’autonomie sévère et les soins à domicile ou en ressources intermédiaires déficients, elles devront en moyenne attendre 10 mois —7 mois si elles séjournent à l’hôpital— avant d’obtenir une place dans un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Le Québec n’est pas encore prêt à faire face au vieillissement de sa population. Le Commissaire à la santé et au bien-être vient le rappeler dans ses derniers travaux.

Le commissaire a rendu public mardi un bulletin portant sur les personnes de 75 ans et plus en attente d’une place d’hébergement en CHSLD, ainsi qu’un rapport sur l’utilisation des urgences en santé mentale et en santé physique au Québec. 

Bonne nouvelle, la situation dans les urgences du Québec s’est améliorée au cours des trois dernières années. Le ministre Gaétan Barrette savourera sans doute ce passage, lui dont les réformes font l’objet de maintes critiques.

Souhaitons toutefois qu’il retienne aussi l’autre volet du constat du commissaire. «Le vieillissement de la population durant cette période a annulé une partie des gains réalisés. En effet, l’augmentation du nombre et de la proportion de personnes âgées dans la population entraîne un alourdissement de la clientèle aux urgences qui se traduit par un allongement des délais.» Le commissaire invite à redoubler d’efforts. 

Et redoubler d’efforts ne doit pas uniquement se traduire en faisant sortir plus rapidement les personnes âgées des hôpitaux pour les diriger vers des CHSLD. Bien sûr, cela «libère» des civières et des lits. Le Commissaire expose cependant les effets pervers et les injustices qu’entraîne cette façon de procéder.

Les personnes âgées en perte d’autonomie sévère seront admises plus rapidement dans un CHSLD si elles sont évaluées à l’hôpital, plutôt qu’à domicile ou dans d’autres ressources de la communauté (résidences privées ou ressources intermédiaires d’hébergement). 

Le commissaire a constaté qu’en 2016-2017, 42,9 % des personnes admises en CHSLD provenaient de l’hôpital alors qu’elles ne représentent que 21,3 % du total des personnes en attente d’hébergement.

En d’autres mots, on s’empresse d’enlever de la pression sur les hôpitaux et les centres de réadaptation (ce qui est louable car ce ne sont pas des lieux d’hébergement et l’hospitalisation peut avoir des effets délétères), mais on accepte ainsi que des proches s’occupent à la maison d’un cas lourd qui a été évalué comme nécessitant une admission en CHSLD. Les soins à domicile étant déficients à bien des endroits au Québec, le poids sur les proches aidants s’alourdit. 

On accepte également que des cas sévères (ISO-SMAF, système de mesure de l’autonomie fonctionnelle entre 10 et 14) demeurent en attente dans des ressources intermédiaires d’hébergement alors que celles-ci peinent à trouver de la main-d’œuvre formée adéquatement. Le gouvernement réalise des économies pendant que la personne vulnérable et ses proches attendent qu’une place se libère en CHSLD. C’est inhumain, c’est révoltant.

Le commissaire relève aussi des disparités entre les régions. Une personne sur la Côte-Nord devra patienter jusqu’à 15 mois pour avoir des soins dans un CHSLD. Celle habitant la Capitale-Nationale attendra 10 mois, celle de Chaudière-Appalaches 8, et celle du Bas-Saint-Laurent, 2.

Ce n’est pas l’état de santé ou le degré d’autonomie du malade qui garantie une admission, mais la région où il se trouve et si l’évaluation a été faite à l’hôpital ou non. Obtenir une place dans un CHSLD s’apparente à une loterie. 

Le ministre Barrette va-t-il corriger la situation? Le Commissaire ne sera plus là pour le vérifier. Le ministre a aboli son poste. Dommage.