Ghislain Harvey

La fin des mandarins

ÉDITORIAL / Nul besoin d’attendre le rapport du comité de transition de Josée Néron pour savoir qu’un grand ménage est nécessaire à Saguenay. La saga entourant le contrat de Ghislain Harvey témoigne d’un régime qui a favorisé l’avènement de petits mandarins, qui ont été trop longtemps considérés comme intouchables. Leur règne aujourd’hui terminé, certains tentent tant bien que mal de s’accrocher à un appareil qu’ils se sont approprié au cours des vingt dernières années. Leurs efforts doivent toutefois demeurer vains, quel que soit le prix à payer.

Comment expliquer que le contrat de l’ancien président-directeur général de Promotion Saguenay soit si difficile à obtenir ? Il existe plusieurs hypothèses, tout aussi plausibles l’une que l’autre. D’entre elles, il serait peu étonnant que cette joute perdure simplement parce que le principal intéressé refuse de se faire dire quoi faire, que ce soit par la nouvelle administration municipale, par la Commission d’accès à l’information ou même par le tribunal. Il est également envisageable que ce contrat soit composé de clauses trop avantageuses. Mais, quelle que soit la motivation de cet acharnement, cette histoire demeure scandaleuse dans son essence. 

L’ex-syndicaliste Jean-Marc Crevier, élu conseiller municipal le 5 novembre dernier, frappe dans le mille lorsqu’il souligne, sous la plume du journaliste Louis Tremblay, qu’« il y a des limites à prendre les citoyens pour des imbéciles ». Sa sortie publique, dans notre édition de mercredi, fait état des multiples contradictions exprimées de ceux et celles qui entouraient Ghislain Harvey jusqu’à sa démission, deux jours avant le scrutin. L’a-t-on perdu ce contrat ? Non. Est-il en fiducie ? Certains juristes en doutent fortement, notamment l’avocat Vincent Gingras, invité à commenter le dossier. Idem pour la prétendue confidentialité du document. 

Et la question qui s’impose devant toute cette cacophonie est celle-ci : pourquoi ces gens, qui ont tout à perdre en défendant l’indéfendable, continuent-ils de servir ainsi les intérêts de leur ancien patron ? N’ont-ils pas encore compris que c’est leur avenir et leur crédibilité qu’ils jouent en ce moment ?

Un « boss » à Saguenay

Josée Néron a obtenu un mandat fort de la population saguenéenne, soit celui d’incarner le changement. Après une dizaine de jours à l’hôtel de ville, force est de constater qu’elle fait bonne impression. 

Lancer un ultimatum de dix jours aux administrateurs de Promotion Saguenay afin qu’ils lui remettent le contrat était davantage qu’une simple demande. Il s’agissait d’un ordre, en réplique aux déclarations de la nouvelle présidente et directrice générale de l’organisme, Priscilla Nemey, qui a promis que le document sera transmis dans les délais prescrits par la Cour. 

Par cet ultimatum, la mairesse Néron réaffirme que c’est elle qui mène et qui contrôle désormais l’agenda. Elle dit aux Priscilla Nemey, Claude Bouchard et autres ténors de l’ancienne garde que dorénavant, c’est elle le « boss » à Saguenay. 

Le président du conseil d’administration de Promotion Saguenay, Éric Larouche, a d’ailleurs compris que sans l’appui de la mairesse, c’est l’organisation tout entière qui pourrait être réduite en cendres. Éric Larouche ne doit rien à Ghislain Harvey ni à l’ex-maire Jean Tremblay. Il a accepté son rôle dans le seul dessein de protéger l’outil de développement qu’est Promotion Saguenay, et il cédera volontiers son siège à Josée Néron lorsqu’elle l’exigera. 

Le rapport de forces a changé ; le Parti des citoyens de Saguenay a été expulsé de l’échiquier politique saguenéen. 

Et les mandarins sont devenus serviteurs. Aussi auraient-ils intérêt à adhérer au vent de changement qui souffle sur Saguenay, ou à quitter s’ils en sont incapables.