La fin de l'ère du 2x4

ÉDITORIAL / Ça fait plus de trente ans que ça dure ; depuis 1982 pour être exact. Trois décennies et demie au cours desquelles l'industrie du bois d'oeuvre a été à la merci des forestières américaines. Pendant cette période, cinq conflits commerciaux ont éclaté et ont fragilisé nos entreprises, les plus petites comme les plus grandes. Il y a certes lieu de crier au protectionnisme américain, à l'acharnement, à l'injustice, comme nous l'avons toujours fait, mais une fois les coups de gueule passés, la question principale demeure : y a-t-il encore un avenir pour la forêt ?
L'industrie a été en mesure de convaincre Québec de l'appuyer financièrement avec un plan d'action solide, à la hauteur des attentes exprimées. Ottawa n'a pas encore annoncé une aide concrète, mais des mesures spécifiques devraient être déployées tôt ou tard si le bras de fer se prolonge. Il va sans dire que ces capitaux ont pour dessein le maintien des activités actuelles, mais aussi et surtout, ils doivent servir au développement de créneaux innovateurs. Car à n'en pas douter, le Canada sera vulnérable tant et aussi longtemps qu'il sera perçu tel un simple producteur de 2 X 4. 
S'il est un dénominateur commun à chacune de ces crises, c'est que l'industrie se résume essentiellement à l'exportation de bois non transformé. Le statu quo n'est plus envisageable, puisqu'il mènera inévitablement au même scénario : un règlement, quelques années d'accalmie, un autre conflit. Et ainsi de suite. L'industrie ne peut plus reposer sur la diplomatie pour exister, alors que même l'Organisation mondiale du commerce n'a pas su faire entendre raison aux États-Unis.
Ce qu'il faut, c'est modifier toute l'industrie, lui donner un visage plus adapté à la réalité actuelle et à la mondialisation. Il faut une métamorphose complète axée sur la diversification. 
L'argent est là grâce à l'ouverture du gouvernement Couillard, qui, il faut l'admettre, a accepté de fouler le champ de bataille aux côtés de ceux qui luttent pour leur avenir. D'ailleurs, le leadership démontré par l'État québécois semble déjà avoir porté fruit. En effet, à part Produits forestiers Résolu, avez-vous entendu une entreprise parler de mises à pied ou de fermetures imminentes au cours des dernières semaines ? 
Et PFR dans tout ça ?
Justement, en ce qui concerne Résolu, saviez-vous que le papier surcalandré fait partie des productions admissibles aux garanties de prêt mises en place par le gouvernement Couillard ? Dans ce contexte, pourquoi parle-t-on encore d'interruption des opérations aux usines de Kénogami et de Dolbeau-Mistassini, alors que les scieries indépendantes les plus frêles estiment, elles, être en mesure de faire face à la situation ?
Après le caribou, les volumes de capacité forestière, les enchères publiques de bois, les garanties de prêt de Québec, PFR est-il en train de chercher un autre prétexte pour mettre la clé dans la porte de certaines de ses installations ? Espérons que ce n'est pas le cas. Une chose est sûre toutefois, l'intervention d'urgence du député Denis Lemieux dans ce dossier témoigne que l'heure est grave pour la division de Kénogami. Ce genre d'implication in extremis, surtout lorsqu'elle fait l'objet d'un communiqué de presse officiel, témoigne qu'il y a péril en la demeure.
Comme le reste de l'industrie forestière, PFR a le devoir d'investir pour se réinventer au Québec. Elle doit également adopter un discours plus cohérent. La compagnie ne peut annoncer qu'elle aura 800 postes à combler en 2021 au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour ensuite, à peine cinq mois plus tard, brandir la menace d'une suppression de 1400 emplois dans cette même région, en raison du litige commercial avec les Américains. 
Ça ne fait pas sérieux, mais surtout, ces complaintes perpétuelles nourrissent l'image négative d'une industrie qui peine déjà suffisamment à créer des futurs diplômés. 
L'heure est venue de passer à l'action car, plus grave encore que la crise du bois d'oeuvre, une crise de la main-d'oeuvre pourrait bien être le dernier clou dans le cercueil de la foresterie au Québec.