Bombardier éliminera 5000 emplois, dont 2500 au Québec et 500 en Ontario d'ici 18 mois.

La désinvolture de Bombardier

ÉDITORIAL / Bombardier a le don de se mettre les pieds dans les plats. La désinvolture avec laquelle elle traite 5000 employés qu’elle mettra au chômage d’ici 18 mois est révoltante compte tenu des aides financières de l’État et du rôle de chef de file que la société aéronautique joue dans le Québec Inc., et dans le monde des affaires en général.

Hier, par simple voie de communiqué, Bombardier a annoncé un train de mesures d’importance pour son avenir. Elle a vendu pour 300 millions $ sa série d’avions Q à la société britanno-colombienne Viking Air. Cette gamme d’aéronefs, dont le Q400 est le plus connu, était rendue à maturité et recelait un potentiel de vente limité. Le vendre à ce moment-ci tombe sous le sens.

Ensuite, Bombardier a transféré à la multinationale québécois CAE ses activités de formation professionnelle pour 645 millions $. 

Au passage, elle élimine 5000 emplois, dont 2500 au Québec et 500 en Ontario. 

Les deux premières nouvelles ne surprennent pas. Même qu’elles découlent d’une logique d’affaires certaine. Premièrement, elles sont vendues à des sociétés canadiennes, préservant des décisions d’affaires en sol canadien. Deuxièmement, cela confirme le virage que prend Bombardier vers les jets d’affaires, un créneau prometteur.

Évidemment, Bombardier n’est plus l’actionnaire de contrôle de sa série d’avions C qu’elle a soldée (pour rien !) à Airbus en 2017, dans le seul but que cette dernière aide Bombardier à les vendre. 

Cette transaction a été fortement contestée en raison des aides des gouvernements qu’elle avait reçues peu avant : une infusion de capital de 1,3 milliard $ de Québec ainsi qu’un prêt de 372,5 millions $ d’Ottawa. Cette décision controversée augure cependant fort bien : les nouveaux avions se vendent comme de petits pains chauds. Il y a une logique derrière l’idée de ne tirer qu’une petite portion de revenus d’un avion qui est un succès commercial, comparativement à tirer 100 % des revenus d’un autre qui ne se vend pas...

Mais Bombardier joue sur un terrain toujours glissant. Les Québécois ont en fraîche mémoire ces investissements dans l’avionneur... et dans la rémunération de ses dirigeants. Ses cinq principaux ont empoché 40 millions $ l’an passé. À lui seul, le chef de la direction Alain Bellemare a récolté 12 millions $. Ces compensations sont faramineuses, certes, mais dans la haute voltige des entreprises cotées en bourse, elles s’avèrent en corrélation avec les attentes et les résultats de Bombardier. 

Le seul accroc, c’est que ni Québec ni Ottawa n’avaient mis de condition liée à la rémunération de ses cadres dans sa dernière infusion de capital. Tout cela est bien légal, mais cela a des airs d’abus des dirigeants qui profitent de la vulnérabilité du conseil de Bombardier pour soutirer des salaires de matamores.

Ajoutez à cela les 5000 pertes d’emploi annoncées, et vous avez un autre drame économico-politique sur les bras. 

Le nouveau gouvernement de François Legault s’est concentré non pas à sermonner les dirigeants de Bombardier. Il s’est limité à dire qu’il s’assurerait que les 2500 employés québécois qui perdront leur job chez Bombardier se replaceront rapidement. L’économie fonctionne rondement, le secteur de l’avionnerie aussi, cela ne devrait pas être trop difficile. 

Bombardier s’en tire à bon compte encore une fois. Peut-être est-elle trop importante pour être rappelée à l’ordre ? Cela semble être le cas. Bombardier peut encore et toujours prendre les décisions qui lui plaisent, sans trop d’égards quant aux conséquences.