La défaite des libéraux

ÉDITORIAL / Le Parti conservateur reprend Chicoutimi–Le Fjord, dix-huit ans après qu’André Harvey ait troqué sa veste bleue pour se joindre à l’équipe libérale de Jean Chrétien. Évidemment, il faut saluer la performance de Richard Martel, qui est en campagne depuis plus de cinq mois, mais l’issue de cette partielle ne se résume pas uniquement à son travail sur le terrain, aux appuis qu’il a reçus — dont celui de l’ex-bloquiste Michel Gauthier — ou à sa notoriété. Non, cette victoire des conservateurs, c’est aussi la défaite des stratèges libéraux.

Le Parti conservateur reprend Chicoutimi-Le Fjord, dix-huit ans après qu’André Harvey ait troqué sa veste bleue pour se joindre à l’équipe libérale de Jean Chrétien. Évidemment, il faut saluer la performance de Richard Martel, qui est en campagne depuis plus de cinq mois, mais l’issue de cette partielle ne se résume pas uniquement à son travail sur le terrain, aux appuis qu’il a reçus — dont celui de l’ex-bloquiste Michel Gauthier — ou à sa notoriété. Non, cette victoire des conservateurs, c’est aussi la défaite des stratèges libéraux.

Les organisateurs du Parti libéral du Canada n’ont qu’eux-mêmes à blâmer, car ils étaient maîtres de l’agenda. Qui plus est, ils avaient le vent dans les voiles lorsque le député Denis Lemieux a annoncé son départ pour des raisons personnelles. Un mois plus tôt, le Parti libéral venait à peine de mettre la main sur la circonscription voisine de Lac-Saint-Jean, détenue jusque-là par le conservateur Denis Lebel. La machine était bien huilée, les enjeux régionaux parfaitement maîtrisés. Il ne restait qu’à identifier un candidat crédible et motivé, puis lancer cette autre partielle dès janvier 2018. Mais l’entourage de Justin Trudeau en a décidé autrement, avec le dénouement qu’on connaît.

Sans doute, plusieurs électeurs qui avaient appuyé les libéraux en 2015 se sont sentis abandonnés pendant les quelque six mois au cours desquels ils ont été orphelins de député à la Chambre des Communes. D’autres ont peut-être opté pour le candidat le plus inspirant du lot, faisant fi de son allégeance politique. Car rappelons-le, le mandat de Richard Martel se terminera dans 490 jours exactement. Trop peu pour changer le monde, mais juste assez pour démontrer sa véritable valeur. Telle une recrue qui saute sur la glace au camp d’entraînement, c’est à partir de maintenant que le député Martel doit devenir un politicien des ligues majeures s’il souhaite demeurer dans le grand club lors de l’élection générale de 2019, où les électeurs seront davantage que 36,06 % à se présenter aux urnes.

Un taux de participation anémique comme celui-ci témoigne d’un désintéressement désolant de la population. Il y a lieu de s’interroger sérieusement alors que pour une rare fois, Saguenay avait la chance de s’exprimer à l’échelle du pays.

Dans l’ombre de son chef
Il serait facile de critiquer la candidate libérale Lina Boivin, qui n’a jamais réussi à sortir de l’ombre de son chef au cours de la campagne. Or, quiconque aurait été dans sa position aurait eu du mal à s’illustrer dans de telles circonstances. La stratégie libérale était axée essentiellement sur le charisme de Justin Trudeau, l’attrait du pouvoir et, vraisemblablement, la tenue du G7 dans Charlevoix. L’équipe du premier ministre estimait sans doute qu’un événement d’une telle envergure aurait un effet de levier pour la candidate. Avait-elle pleine liberté d’intervention ? L’a-t-on encouragée à se mettre en valeur, comme l’ont fait les stratèges conservateurs avec Richard Martel ?

Comme ses adversaires, la candidate libérale a multiplié les sorties publiques et les rencontres sans ménager les efforts. Mais ce que la population a retenu d’elle, c’est l’image d’une femme hochant la tête aux côtés de son chef, en marge du G7 et lors de bains de foule dans les centres commerciaux.

La débâcle du NPD et l’agonie du Bloc
Quant au néo-démocrate Éric Dubois, ce dernier a tout tenté pour faire revivre la vague orange, mais celle-ci a désormais l’apparence d’une mer d’huile avec au beau milieu, seul sur un radeau, les quelques sympathisants restés fidèles au NPD. L’esprit de Jack Layton ne transcende pas à travers l’actuel chef Jagmeet Singh, et l’avenir ne saurait être plus préoccupant pour le parti, à un peu plus d’un an de la prochaine élection générale. Malgré une campagne honnête, appuyée activement par la députée de Jonquière Karine Trudel et par des visites répétées de son chef, Éric Dubois n’a même pas été en mesure de distancer le Bloc québécois, une formation pourtant à l’agonie.