Jusqu’ici, Justin Trudeau a des airs d’homme Teflon.

Justin Trudeau, l’homme Teflon

ÉDITORIAL / À mi-mandat, les libéraux de Justin Trudeau se maintiennent en eaux positives dans l’opinion publique. Le taux de satisfaction sonne à 46 %, ce qui est « très rare après deux ans de mandat », selon Jean-Marc Léger, à la publication de son sondage sur les intentions de vote au fédéral.

Le sondage Léger-Le Devoir publié hier affirme que 40 % des Canadiens auraient voté libéral si une élection avait eu lieu en novembre. Deux ans après l’élection de 2015, ces données sont très révélatrices. Elles signifient que dans les grandes lignes, les Canadiens sont toujours d’accord avec les orientations libérales. Même si plusieurs ont soulevé leur lot de controverses. C’est assez étonnant.

Deux années ne sont pas suffisantes pour évaluer la valeur d’un gouvernement, ou celle d’un politicien. Mais plusieurs exemples témoignent de son caractère et de sa capacité de réaction sous la pression. Il n’est pas inutile de rappeler que les attentes étaient très modestes à l’endroit de M. Trudeau. Peut-être était-ce parce que les conservateurs avaient martelé qu’il n’était pas prêt pour l’emploi. Sa victoire illustrait l’ampleur de la désaffection envers les méthodes et le leadership de Stephen Harper. Les Canadiens étaient prêts à un saut vers l’inconnu aux côtés de Justin Trudeau dont le charisme primait sur l’expérience. L’espoir des « voies ensoleillées » tant au plan budgétaire que social, l’emportait sur l’obsession de réduction des taxes et la culture de méfiance.

Cela a commencé par le retour du Canada dans la lutte aux changements climatiques, l’ouverture à 25 000 migrants syriens et un budget qui triplait le déficit promis en campagne électorale. Ottawa a engagé de grosses dépenses qui allaient au-delà des infrastructures ; pensons à cette commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Ralentie, elle en coûtera bien plus que les 54 millions $ prévus. Le système de paye Phénix, que les libéraux n’ont pu ou voulu bloquer, coûtera plus de 540 millions $, selon le rapport du Vérificateur général du Canada. 

Bref, les millions sortent à pleine porte.

Par chance, l’économie roule fort malgré les menaces sur l’ALÉNA. Le chômage a atteint un creux historique, et cela n’est pas totalement étranger au message de positivisme et d’espoir de M. Trudeau. 

Ces statistiques encourageantesfiniront par refléter les soucis éthiques du ministre des Finances Bill Morneau. Les coups incessants des partis d’opposition finiront par y paraître. L’éthique a longtemps été un talon d’Achille des libéraux. 

D’autres décisions du gouvernement Trudeau ne paraissent pas l’avoir affecté. L’inconnu entourant la légalisation du cannabis ne l’handicape pas, ni l’affaire Netflix ni sa lenteur à nommer des juges, des agents du Parlement, etc. La réforme électorale, qui a subtilisé des votes au Nouveau Parti démocratique à l’élection, paraît avoir été largement oubliée. Sauf les initiés, personne ne reproche au premier ministre son double discours sur l’environnement, approuvant les pipelines tout en professant son amour de la nature.

M. Trudeau était particulièrement vulnérable à l’international. On le qualifiait de blanc-bec obsédé par ses égoportraits et depuis, des bas colorés. Mais il n’a pas fait d’erreurs. On lui reconnaît même une sagesse juvénile, car lui au moins, il écoute ses conseillers contrairement au président américain Donald Trump. 

Maintenant, s’il pouvait être plus affirmatif sur les enjeux de la francophonie... d’Ottawa jusqu’aux quatre coins francophones du Canada, l’impatience se fait sentir. Jusqu’ici, sur cela comme les autres sujets, Justin Trudeau a des airs d’homme Teflon.