Josée Néron sur le Red Bull

ÉDITORIAL / Force est de constater que la mairesse Josée Néron a retrouvé ce ton et cette assurance qui lui ont permis de tenir tête à son prédécesseur Jean Tremblay, pendant quatre ans, puis à se faire élire à la barre de la plus importante ville au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pendant les deux premières années de son mandat, la mairesse a multiplié les interventions approximatives et les faux pas ; elle a aussi eu du mal à asseoir son autorité et à s’élever telle la guerrière que tous espéraient. Elle a ménagé la chèvre et le chou dans les dossiers de Ghislain Harvey et de l’avocat Louis Coulombe, empruntant la voie de la diplomatie plutôt que de les affronter à la vie à la mort, une stratégie que la population aurait pourtant appuyée sans réserve. Il y a eu également le projet d’Amphithéâtre+, qui s’est écroulé tel un château de cartes. Mais depuis six mois, il semble que son attitude a changé du tout au tout. Quelle mouche l’a donc piquée ?

Il est permis de croire que l’arrivée de l’ancien député Stéphane Bédard au sein de sa garde rapprochée, comme consultant, a eu l’effet d’un Red Bull sur Josée Néron. Les conseils de ce dernier ont sans doute servi la mairesse, laquelle est visiblement plus adroite dans ses sorties publiques depuis un certain temps.

Mais cet ajout ne peut expliquer à lui seul l’étonnant résultat du sondage réalisé par la firme SOM pour le compte de KYK 95,7— Cogéco, qui accorde à Josée Néron un taux de satisfaction de 51 %. C’est énorme, à moins de deux ans du prochain scrutin, surtout pour une politicienne que plusieurs croyaient sur le respirateur artificiel il n’y a pas si longtemps.

Parce que les conseils, aussi sages soient-ils, ne servent à rien si le porteur du message est incapable de les incarner. À ce propos, pensez-vous que personne n’a recommandé à Josée Néron, à un moment ou à un autre de son mandat, de se retrousser les manches et de s’affirmer avec plus de conviction ? Le problème, c’est qu’elle n’écoutait pas. Et là, elle écoute. Pas seulement ses conseillers ; pas seulement les analystes et autres éditorialistes. Non, elle écoute enfin sa population et agit en conséquence. Ne cherchez pas plus loin l’ingrédient de la potion magique : elle écoute, et c’est tant mieux pour tout le monde.

D’abord pour elle, parce qu’elle peut dorénavant croire en ses chances légitimes d’être reconduite dans ses fonctions, en 2021. Plus le temps passait, plus le scénario d’une réélection paraissait improbable. De plus, encore une fois grâce à la collaboration de Stéphane Bédard, elle pourra compter sur une base péquiste encore bien vivante dans Chicoutimi et ailleurs sur le territoire de Saguenay.

Mais comme mentionné, Josée Néron n’est pas la seule à bénéficier de ce changement d’attitude à l’hôtel de ville. Lorsqu’elle dit aux gens de l’extérieur que les Saguenéens et les Jeannois sont « maîtres chez eux », pour commenter le débat sur le projet de GNL Québec, elle prend la défense de sa population comme une mairesse doit le faire. Mieux, elle se dresse au nom de la région tout entière, comme elle l’a fait lorsqu’elle qu’elle a dit aux gouvernements supérieurs : « Portez vos culottes et agissez », les invitant ainsi à protéger l’information locale en taxant les géants du Web. La semaine dernière, elle a par ailleurs téléphoné directement au maire d’Alma, Marc Asselin, afin d’élaborer une stratégie conjointe pour obtenir davantage de Rio Tinto, après que la multinationale ait annoncé l’abandon de ses projets au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Une Josée Néron sur le Red Bull, disais-je.

Or, rien n’est jamais acquis en politique. Une bonne séquence peut être éphémère, puis rapidement oubliée dans l’opinion publique. Mais au moins, en ce moment, il est intéressant de voir évoluer une mairesse qui a retrouvé ses repères et qui occupe, sans complexe, toute la place qui lui est due.