La mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Josée Néron doit devenir un chef

ÉDITORIAL / C’était inévitable. Le rejet en bloc des conseillers municipaux de Jonquière dans le dossier du nouvel amphithéâtre a été perçu telle une charge contre Chicoutimi; tel un autre chapitre de la prétendue guerre de clocher qui opposerait les anciennes villes qui composent Saguenay. Il est vrai que cette unanimité des élus jonquiérois laisse perplexe, mais la réflexion mérite d’être poussée au-delà des conclusions faciles. Car plus qu’une vulgaire querelle de voisins, cette levée de boucliers démontre que Josée Néron ne peut diriger à sa guise. Mercredi, les indépendants de Jonquière ont testé le leadership de leur mairesse.

« Un administrateur, même excellent, n’est pas un chef. Seul le chef peut gagner une guerre. » Cette citation de l’ancien chef d’état-major de la Défense Jacques Dextraze remonte à 1944, mais elle demeure d’une grande pertinence. Et il va sans dire que Josée Néron aurait avantage à s’en inspirer avant qu’il soit trop tard et que la gestion de la Ville devienne tributaire de consensus improbables. Elle doit s’approprier l’influence et le pouvoir qui lui revient. 

L’opposition des élus de Jonquière, cette semaine, n’est rien de moins qu’un pied de nez à la mairesse, qui avait affirmé publiquement sa volonté de construire un nouveau Colisée au centre-ville de Chicoutimi. Les Julie Dufour, Jean-Marc Crevier, Michel Thiffault et compagnie auraient pu faire leurs représentations à l’interne; négocier un terrain d’entente. Bref, ils auraient pu être plus solidaires. Ils ont toutefois choisi de s’unir et de défier l’autorité de Josée Néron. 

En ce sens, une autre déclaration de Dextraze s’applique : « Le leadership, c’est l’art d’inciter les autres à faire volontairement ce qu’il y a à faire pour arriver à l’objectif ou au but». Josée Néron avait un objectif, un but, mais en fin de compte, elle n’a su rallier que la moitié de son conseil. 

Et ne cherchons pas ailleurs : il est là le véritable problème de Saguenay, et non dans une hypothétique conspiration contre Chicoutimi.

Inspirer la fierté

Il est triste que cette trame politique fasse ombrage au projet d’amphithéâtre au centre-ville et qu’elle atténue son importance pour le milieu. 

Les considérations pécuniaires ne peuvent être ignorées, certes, mais elles ne doivent pas non plus devenir l’arbre qui cache la forêt. Dans ce cas particulier, il faut également tenir compte du prestige qu’apporte un aréna digne de notre époque, de l’effet d’attraction qu’une telle infrastructure génère. Le premier ministre Philippe Couillard n’aurait pu mieux commenter la situation : « Pourquoi notre capitale régionale n’en aurait pas, un édifice moderne? » Il référait alors à des projets semblables qu’ont déclenchés les villes de Gatineau et de Trois-Rivières. Il aurait pu inclure l’amphithéâtre de Rimouski. 

Évidemment, le chef du gouvernement rêve d’ajouter ce projet à son portfolio en vue de l’élection générale d’octobre prochain. Son argument n’est toutefois pas moins sensé. Il faut parfois investir pour rester au goût du jour, et cette réalité s’applique aussi bien à une municipalité qu’à une résidence privée. 

Josée Néron doit vendre ce sentiment de fierté aux citoyens, rappeler que cette infrastructure fera naître une nouvelle dynamique au centre-ville. Elle doit démontrer que non seulement les amateurs de hockey en bénéficieront, mais également toute la population. Le contexte ne pourrait être plus propice pour réaffirmer la position de Saguenay sur l’échiquier provincial. 

Mais avant d’entreprendre une campagne de séduction publique, il lui faudra d’abord s’imposer tel un chef parmi les élus de la Ville. Pas en empruntant le ton du dictateur, mais plutôt celui du leader fort, incontesté et respecté par ses pairs.

Parce que sans l’appui de ses troupes et sans la présence de bons stratèges dans son cabinet, elle ne pourra remporter aucune guerre.