Impossible de faire pire

ÉDITORIAL / La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay s’ennuyait-elle de la controverse ? Sous quel prétexte le conseil des commissaires a-t-il jugé nécessaire — et urgent — d’octroyer un contrat de cinq ans à sa nouvelle directrice générale, Johanne Allard, alors que le litige juridique entre l’organisation et son ancienne directrice, Chantale Cyr, est encore débattu devant la justice ? Surtout, comment a-t-on pu s’engager pour une période si longue, alors que le gouvernement du Québec entend déposer un projet de loi sur l’abolition des commissions scolaires dès l’automne 2019 ?

Le contrat accordé à Johanne Allard s’inscrit dans la longue liste des décisions douteuses répertoriées au cours des dernières années à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, une structure qui, rappelons-le, a été soumise à un examen rigoureux — et non moins humiliant — du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec.

Sans doute les élus souhaitaient-ils s’assurer les services de Mme Allard pour les prochaines années, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre où plusieurs entreprises ou organisations auraient pu être tentées de recourir à son expertise de plus de 30 ans. Ses compétences ne font aucun doute, mais là n’est pas la question. La présente situation ne se prêtait tout simplement pas à la ratification d’une telle entente de travail. Que se passe-t-il si Chantale Cyr a gain de cause devant le tribunal et qu’elle exige un retour dans ses fonctions ? Certes, ce scénario est plus qu’improbable compte tenu des différends qui opposent les deux parties, mais nul ne peut balayer du revers de la main cette possibilité.

Or, la présidente de la commission scolaire, Liz S. Gagné, refuse de s’attarder à ce genre de détail. Lors d’une entrevue accordée à notre journaliste Jonathan Hudon, mercredi soir, elle affirme plutôt que la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay « ne fonctionnera pas avec des hypothèses pour prendre des décisions ». Heureusement, rares sont les entreprises privées qui administrent ainsi leur portefeuille, sans quoi nombre d’entre elles seraient aujourd’hui en faillite. Non, mais, comment peut-on faire fi des hypothèses dans le processus décisionnel d’une organisation ? Ne cherchez pas la réponse : il n’y en a pas.

À moins que l’institution se fiche éperdument de l’intérêt de ses bailleurs de fonds, qui sont, dans ce cas-ci, les contribuables. Messieurs, mesdames, vos commissaires viennent d’embaucher une directrice générale pour cinq ans, et vous devez maintenant honorer cet engagement jusqu’à la fin, quoi qu’il arrive !

Dans les circonstances, la seule option raisonnable était d’accorder un contrat indéterminé à Johanne Allard. La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a toutefois choisi d’aller à contresens de la raison, pour des motifs qui demeurent flous.

Quelle que soit la dimension d’une organisation ; qu’il s’agisse d’un organisme à but non lucratif ou d’une multinationale, le mandat d’un conseil d’administration est clair et ne peut être interprété autrement que par l’article 322 du Code civil du Québec : « L’administrateur doit agir avec prudence et diligence. Il doit aussi agir avec honnêteté et loyauté dans l’intérêt de la personne morale. » Les commissaires, Liz S. Gagné en tête, ont-ils agi avec prudence et diligence, dans l’intérêt de la commission scolaire et des contribuables, en accordant un contrat de cinq ans à leur nouvelle directrice générale, aussi efficace soit-elle ? Poser la question, c’est y répondre.

Maintenant, faut-il se surprendre de cette autre boulette à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay ? Encore une fois, la réponse est facile...

Aussi, si François Legault cherche encore des arguments pour justifier l’abolition des commissions scolaires au Québec, peut-être devrait-il jeter un coup d’œil de ce côté-ci de la Réserve faunique des Laurentides. Il trouvera sans doute matière à étayer son futur projet de loi.