Alexandre Cloutier a engagé sans appel de candidature son ancien attaché politique.

Il y a de quoi être cynique

ÉDITORIAL / Comment peut-on reprocher à un nombre grandissant de citoyens d’avoir lancé la serviette en ce qui concerne la politique ; d’avoir abandonné leurs idéaux au profit d’un cynisme manifeste envers les élus ?

Lorsqu’un homme admet vouloir briguer les suffrages dans Roberval par opportunisme, lorsqu’un ex-député aujourd’hui vice-recteur à l’Université du Québec à Chicoutimi embauche sans appel de candidature son ancien attaché politique afin de le seconder, lorsque le conseil municipal d’une ville comme Saguenay intervient dans l’embauche de personnel stratégique, il y a place au découragement.

Les dernières semaines ont été fertiles en anecdotes qui nous font dire « Misère » ! La plus récente est celle impliquant l’ancien préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, Bernard Généreux qui, après avoir qualifié la CAQ de « décor de cinéma » et son chef, le premier ministre François Legault, de « mauvais comédien », espère maintenant que ce dernier le nommera candidat pour l’élection partielle dans Roberval. Il y a à peine un mois, le 9 septembre, Bernard Généreux participait à un événement partisan du Parti québécois, à Jonquière, et aujourd’hui, il se présente tel un ardent défenseur du programme caquiste ? « Oui, je suis un opportuniste », répond-il en entrevue. 

Au moins, il a le mérite d’être honnête sur ce point. Or, pour bien des observateurs, cet aveu n’est pas suffisant pour en faire le porte-étendard légitime de ce parti qui, désormais, forme le gouvernement. François Legault nous surprendra peut-être en lui donnant sa bénédiction, et peut-être serons-nous encore plus surpris s’il l’emporte enfin, après quatre vaines tentatives au PQ (3) et à la défunte Action démocratique (1). Qui sait ? Mais une chose est certaine : quelle que soit l’issue de cette histoire, elle aura nourri l’argumentaire de ceux et celles qui ne croient plus en la politique et aux valeurs qui devraient l’animer.

Il y a également eu la nomination de l’ancien attaché politique Jean Briand à l’UQAC. Au-delà de l’expérience professionnelle ou des compétences de l’individu, ce qui laisse perplexe est que celui-ci rejoigne son patron des dernières années qui, lui, dit avoir fait un trait sur la politique active. Sérieusement ? Le rôle d’Alexandre Cloutier à l’UQAC est en effet bien différent de celui qu’il campait à l’Assemblée nationale. Dans l’exercice de ses nouvelles fonctions au sein du réseau public d’éducation, rapatrier ainsi un ami est très discutable. 

Il n’y a pas si longtemps, Alexandre Cloutier rêvait de devenir premier ministre du Québec. Dans le monde universitaire, il devra apprendre à revoir ses paramètres, ses idées de grandeur et surtout, comprendre qu’il n’a plus droit à son attaché personnel. L’UQAC n’avait-elle pas déjà tout le personnel nécessaire pour l’épauler, surtout en matière de communications ? Quel message lance-t-il à tous ceux et celles qui œuvrent déjà au sein de la communauté universitaire ? Enfin, quel est l’impact d’une telle embauche sur l’image de la plus prestigieuse institution académique du Saguenay-Lac-Saint-Jean ? Encore une fois, les plus cyniques diront : « Politicien un jour, politicien toujours. » Et malheureusement, ils n’auront pas tort…

Sur le plan municipal, la situation n’est guère plus édifiante à Saguenay. Josée Néron a obtenu la faveur populaire en dénonçant, entre autres choses, le favoritisme pratiqué par l’ancienne administration. Elle a promis davantage de transparence et a déployé les efforts nécessaires pour améliorer le système, mais le doute plane toujours sur la nomination de Denis Lemieux à Promotion Saguenay et Mathieu Gravel à la direction générale de l’arrondissement de Jonquière. Ont-ils été choisis en fonction de leurs compétences ou également parce qu’ils étaient tous les deux « du bon bord » ? La question demeure sans réponse, surtout que ni l’un ni l’autre n’a conservé son emploi.

Oui, il y a du cynisme et il appartient à ceux qui œuvrent en politique, de près ou de loin, de tout faire pour changer les perceptions. Dans un pays où n’importe qui change d’allégeance au gré du vent, où l’on favorise les amis sans penser à son institution et où l’on nettoie plus gris que blanc, la route pour y parvenir sera longue et pénible.