Marc St-Hilaire

Il y a de l’espoir

ÉDITORIAL / Le lendemain de veille sera difficile au sortir de la crise de santé publique qui sévit en ce moment à l’échelle planétaire. Plusieurs redoutent une économie en ruine et la disparition de nombreuses entreprises privées qui, avant même le confinement, réussissaient de peine et de misère à garder la tête hors de l’eau. D’autres affirment que le grand capital ne sera plus en mode « développement », mais plutôt en repli et à l’affût des acquisitions à rabais, un réflexe tristement naturel dans la jungle du libre marché. Rares sont ceux qui croient en une reprise économique spontanée, et ce, malgré les efforts déployés par les deux paliers de gouvernements supérieurs. Et plus on fouille sur les sites spécialisés, plus ça fait peur. Dans ce contexte, même si nous ne pouvons prédire avec exactitude de quoi sera fait demain, y a-t-il lieu de s’inquiéter ? Oui et non.

Ce constat n’atténue en rien l’importance de suivre les directives imposées par l’État, car la guerre à la COVID-19 doit demeurer notre principale préoccupation à l’heure actuelle. C’est une question de vie ou de mort. Cela dit, il y a lieu de s’interroger maintenant sur ce qui nous attend une fois ce chapitre complété. Nous pouvons – et nous devons – amorcer une réflexion sur les enjeux au-delà de la COVID-19.

Alors, allons-y ! Remuons ici quelques idées, quelques concepts, susceptibles d’enrichir notre future stratégie de relance. Au gouvernement du Québec, un comité a été créé par le premier ministre François Legault pour gérer l’après-crise. L’escouade de la Coalition avenir Québec (CAQ) est composée des ministres Pierre Fitzgibbon (Économie), Eric Girard (Finances), Christian Dubé (Conseil du Trésor) et Jean Boulet (Travail).

Au Parti québécois, le candidat à la chefferie Sylvain Gaudreault a quant à lui haussé la mise en évoquant « un plan Marshall du 21e siècle », référant au plan dédié à la reconstruction de l’Europe, au terme de la Deuxième Guerre mondiale. Le député de Jonquière propose notamment un chantier plus vaste, qui impliquerait également la santé et l’environnement. Il s’agit d’une suggestion fort intéressante que le gouvernement ne doit pas ignorer. Car s’il est une chose positive qui devrait émerger de cet épisode, c’est le sentiment d’avoir vaincu l’adversaire grâce à l’effort de tous, du plus humble des badauds jusqu’à nos chefs d’État. Cette synergie doit devenir le levier qui nous permettra de soulever le monde.

Nous avons ici une chance unique de faire mieux et de mettre à profit les atouts du Québec : le haut savoir accessible partout sur le territoire, nos ressources naturelles, les compétences de nos hommes et de nos femmes, le talent de nos artistes et de nos ingénieurs, de nos gens d’affaires et de nos enseignants, de toutes ces personnes qui, malgré les coupes répétées qui ont été faites dans le système de la santé et des services sociaux, continuent de protéger la forteresse du Québec contre la pandémie.

Nous avons l’occasion inespérée de nous montrer plus forts que jamais. D’apprendre, de se demander ce qui cloche et de rebâtir ensemble pour éviter d’être à nouveau vulnérables.

Notre économie doit être assortie de valeurs et de conscience sociale, reconstruite sur le principe du partage de la richesse et constamment stimulée par l’achat local. Et ce nouveau modèle ne se limite pas à la fierté d’acquérir un produit d’ici ou d’encourager la boucherie du coin. Non, il faut aussi se doter de mécanismes et d’instances qui nous permettront d’exiger davantage pour nos richesses. Bref, comme nos aïeuls, nous devons remplir notre bas de laine pour les mauvais jours ; être fourmi plutôt que cigale.

L’humain étant ce qu’il est, nous cherchons rarement à comprendre comment la machine fonctionne lorsqu’elle fonctionne bien. Mais cette crise a sans doute éveillé quelque chose au sein de la population. Une sorte de prise de conscience, qui, espérons-le, fera naître plus d’intéressés à la chose publique, plus de candidats aux prochaines élections, plus de bénévoles et plus d’artisans de notre devenir collectif.

Oui, il y a lieu d’anticiper un lendemain de veille difficile, mais au moins, au Québec, il y a de l’espoir.