Marc St-Hilaire

Il se fait des choses, Mme Jean

ÉDITORIAL / Il est plutôt étonnant de lire les propos de l’ancienne députée péquiste de Chicoutimi, Mireille Jean, qui accuse les élus de Saguenay de manquer de vision et de gérer « à la carte » plutôt que de projeter leur ville dans le futur.

Mireille Jean complète en ce moment une maîtrise sur les villes intelligentes, à Stuttgart en Allemagne. En entrevue avec la journaliste Annie-Claude Brisson, de l’Initiative de journalisme local, elle raconte son cheminement et insiste sur l’importance, pour les dirigeants des municipalités, de faire leurs choix en fonction des décennies à venir. Sur ce point, nul ne peut la contredire.

C’est toutefois lorsqu’elle aborde la situation à Saguenay que la sauce se gâte. Elle dit : « Est-ce qu’on a une vision de la ville dans 25-30 ans ? Ce que je déplore, c’est que c’est une gestion à la carte. » Aucune nuance, aucune analyse de ce qui a été fait jusqu’ici pour que Saguenay s’inscrive dans la mouvance planétaire.

Les paroles de Mireille Jean sont dures. On peut reprocher bien des choses à l’administration actuelle, il demeure que maintes fois, les élus ont exprimé, en verbes comme en gestes concrets, cette nécessité de réinventer Saguenay avec le souci des générations futures.

L’ancienne politicienne a-t-elle oublié qu’en 2017-2018, Saguenay a tenté sa chance au Défi des villes intelligentes, une initiative du ministère fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités ? La démarche n’a pas été couronnée de succès, mais elle a néanmoins engendré une réflexion sérieuse. Pour étoffer sa candidature, Saguenay a notamment effectué un sondage auprès de 2300 citoyens pour s’inspirer de la vision des gens. Elle a formé un comité et a élaboré une stratégie qui, encore aujourd’hui, dicte certaines orientations au sein du conseil. La création d’un pôle d’innovation et la mise sur pied d’un incubateur numérique sont deux réalisations qui découlent directement de cette tentative au Défi des villes intelligentes.

Récemment, Promotion Saguenay a présenté sa Planification stratégique 2020-2023, un document à l’intérieur duquel l’organisation prévoit le développement d’un quartier du numérique au centre-ville de Chicoutimi.

Saguenay investit des sommes importantes dans le démarchage d’entreprises tournées vers demain. Elle a la chance de compter, parmi ses citoyens corporatifs, des géants tels Ubisoft et CGI. L’Université du Québec à Chicoutimi, de même que les cégeps de Jonquière et de Chicoutimi, actualisent constamment leur offre de programmes et sont des pépinières de ressources humaines formées en fonction de l’avenir. Même nos industries traditionnelles, les Rio Tinto et Produits forestiers Résolu, sont devenues des références planétaires en matière d’optimisation technologique.

Il y a toujours place à amélioration, c’est évident, mais il se fait de belles choses à Saguenay. La Terre n’a pas cessé de tourner au lendemain de l’élection générale du 1er octobre 2018, alors que Mme Jean a perdu son siège au profit de l’actuelle députée et ministre Andrée Laforest.

L’expertise acquise par Mireille Jean en Allemagne pourrait sans doute profiter à notre capitale régionale et, par rayonnement, à toutes les municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais, ce n’est certainement pas en critiquant ceux qui gouvernement présentement ou en réduisant les efforts qu’ils déploient pour faire de Saguenay une ville intelligente qu’elle sera accueillie à bras ouverts, au terme de ses études de maîtrise.