Il faut resserrer les règles

ÉDITORIAL / L’administration municipale de Saguenay ne doit pas attendre qu’un événement malheureux se produise pour agir. Lundi soir, comme c’est le cas depuis plusieurs mois, la séance publique du conseil a donné lieu à des débordements lors de l’interminable période réservée aux questions du public. Cette fois-ci, un citoyen a dû être escorté par deux policières pour des gestes et des propos menaçants envers de jeunes collégiens venus s’exprimer au nom du développement durable et de l’environnement. Le mois dernier, ce même individu avait pris la parole au micro pour insulter de façon inacceptable les élus.

Certes, de tels événements sont isolés, mais ils découlent d’une variable qui est de plus en plus tangible lors de ces assemblées publiques : l’émotion des citoyens.

C’est un phénomène nouveau, car à l’époque de Jean Tremblay, seuls les plus téméraires osaient se rendre au micro pour énumérer leurs griefs. Ces derniers savaient qu’ils seraient accueillis par un maire intransigeant, à la parole parfois assassine, ce qui en décourageait plus d’un.

L’arrivée de Josée Néron à la barre du conseil municipal, il y a deux ans jour pour jour, a complètement changé la dynamique. Son engagement à donner la parole à tous, gage d’un exercice plus transparent et davantage démocratique, a fait en sorte que dorénavant, les contribuables défilent pendant près d’une heure et demie à la fin de chaque séance.

C’est merveilleux dans un sens — et on ne peut plus sain — de voir ainsi la population s’impliquer dans l’administration publique. Quiconque prend la peine d’assister à ces rencontres, que ce soit sur place ou par le biais d’Internet, sort grandi des questions et réponses qui émergent de ces échanges entre élus et citoyens.

Or, comme pour le bon vin, la modération aurait assurément meilleur goût. Car présentement, c’est l’anarchie et plus aucune règle ne semble être applicable.

Lundi soir, lorsque l’individu en colère s’est levé de sa chaise pour invectiver les étudiants, c’est comme si une lumière rouge s’était allumée dans la pièce. Une lumière qui incite à une plus grande vigilance et qui soulève un chapelet d’inquiétudes improbables, mais légitimes.

Par exemple, pourquoi n’y a-t-il pas un détecteur de métal à l’entrée de l’hôtel de ville ? Et pourquoi permet-on à une personne agressive de revenir, mois après mois, dans cette enceinte démocratique ?

La mairesse Josée Néron doit prendre conscience de l’effet pervers d’une trop grande souplesse lors des assemblées publiques. Parce que, même si plus de 99 % des intervenants ne représentent aucune menace pour les personnes présentes, il y a lieu de craindre qu’un jour, pour une raison ou une autre, un quidam instable se laisse emporter par ses émotions et commette un geste insensé, voire irréversible. Ç’aurait pu arriver lundi dernier ; ça pourrait se produire lors de la prochaine séance, l’an prochain, dans deux ans... Comme le prescrit le proverbe, on n’est jamais trop prudent.

Dans l’exercice de leurs fonctions, les élus sont appelés à prendre des décisions impopulaires, qui ont des conséquences sur les gens de leur juridiction. Ils ont à se prononcer dans des débats parfois explosifs, ou prendre des positions qui vont à l’encontre des intérêts de groupes militants. Ils sont tantôt applaudis, tantôt hués. Et malheureusement, ils sont d’autres fois la cible d’une haine aussi injustifiable que démesurée.

C’est dans ce contexte que la mairesse et le reste du conseil doivent agir et mettre en place tous les dispositifs nécessaires pour assurer leur propre sécurité et celle de l’assistance, lors des séances publiques. Ils doivent aussi revoir la période de questions, laquelle est devenue un forum aussi incontrôlable que les réseaux sociaux. Ils doivent enfin interdire définitivement l’accès aux rencontres publiques à tous ceux qui démontrent de l’agressivité ou qui profèrent des menaces et des insultes.

À bon entendeur.