Il faudra plus qu’un opportuniste

ÉDITORIAL / Meneuse dans les sondages nationaux depuis plusieurs mois, la Coalition Avenir Québec définira son destin au cours de la saison estivale, dernier droit avant les élections générales d’octobre prochain. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la formation de François Legault suscite la curiosité, certes, mais elle souffre encore d’un manque d’identité manifeste.

Depuis mardi, le chef de la CAQ est en tournée dans le Royaume. Plusieurs s’attendaient à ce qu’il dévoile ses candidats dans Chicoutimi, dans Jonquière et dans Roberval. Mais ce ne fut pas le cas, et rien ne laisse croire qu’une annonce aura lieu en ce sens dans les prochaines 24 heures.

Conformément aux statuts de son parti, François Legault a le pouvoir de choisir ceux et celles qui professeront la parole caquiste. À défaut d’investiture, toute son équipe sera modelée à son image, selon sa perception des milieux et de leurs besoins. Et c’est grâce à son habileté à bien comprendre les circonscriptions que François Legault vaincra ou qu’il périra.

Car, c’est bien beau dire que la CAQ a le vent dans les voiles en ce moment, il demeure qu’il faudra beaucoup plus qu’un badaud et de beaux discours pour terrasser le péquiste Sylvain Gaudreault dans Jonquière, pour ravir à Mireille Jean le bastion souverainiste de Chicoutimi ou pour faire mordre la poussière à l’actuel premier ministre, Philippe Couillard, dans Roberval. Également, il faudra plus que le bénévolat militant de l’ex-maire Jean Tremblay, qui pourrait même être perçu telle une lame à double tranchant.

Ce qu’il faudra à la CAQ, c’est avant tout des candidats crédibles et animés par leur adhésion au programme du parti, et non par l’opportunisme d’une vague potentielle. Il y a lieu de se demander s’il en existe tant que ça au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des caquistes dans l’âme avec une grande notoriété. Faudra voir.

Les deux journées de rencontre auxquelles se prête le chef de la CAQ lui permettront de s’imprégner des dossiers les plus importants de la région, certes, mais aussi de poursuivre en coulisses son processus de sélection des candidats. S’il réussit à s’adjoindre des personnes de qualité, qui se rangent derrière lui pour les bonnes raisons, tous les espoirs seront permis.

Gare à l’opportunisme
Parfois, le chant des sirènes est si puissant qu’une personne est prête à renoncer à ses convictions politiques les plus profondes.

L’histoire nous a toutefois démontré que, s’il est difficile de se hisser au rang de favori, il est encore plus laborieux de conserver l’avance jusqu’au jour du scrutin. Aïeule de la CAQ, la défunte Action démocratique du Québec dirigée par Mario Dumont a connu l’ivresse d’une « presque » victoire en mars 2007, en devenant contre toutes attentes la première opposition officielle, avec 41 députés élus contre 47 pour le gouvernement minoritaire de Jean Charest.

À peine un an et demi plus tard, les libéraux ont déclenché de nouvelles élections afin de reprendre la majorité des sièges. Jean Charest a alors remporté son pari. Quant à l’ADQ, elle est retombée dans les bas-fonds du parlement avec seulement sept sièges. Sans élaborer sur les multiples raisons qui ont mené à la chute de l’ADQ, cette page d’histoire prouve que l’électorat est susceptible de revoir son allégeance spontanément, surtout à l’égard des formations aux racines jeunes et fragiles.

C’est pourquoi ceux et celles qui solliciteront le poste de député caquiste dans la région doivent, avant toute autre chose, être convaincus du bien-fondé des politiques de la CAQ et de la mission que s’est donné François Legault.

C’est sur cette base que le chef doit faire ses choix s’il espère réellement mettre la main sur trois ou quatre circonscriptions, tel qu’il l’a affirmé mardi. Car s’il est une chose qui ne fait aucun doute, c’est que l’électorat saura reconnaître — et juger à sa juste valeur — un candidat opportuniste pour qui la seule motivation est un laissez-passer pour l’Assemblée nationale.