La campagne visant spécifiquement les activités de Produits forestiers Résolu menée par Greenpeace est néfaste.

Greenpeace doit changer de cap

Personne, en 2014, ne peut être contre la protection de l'environnement ni contre une exploitation intelligente des ressources naturelles. Au contraire, ces principes sont au coeur du concept de «développement durable», lequel guide aujourd'hui pratiquement toutes les stratégies élaborées par les gouvernements ou les entreprises en Occident, et ce peu importe le domaine d'activités.
Cette évolution dans les mentalités d'affaires et dans les préoccupations de la population a eu des impacts bénéfiques majeurs et indéniables. Pour l'industrie forestière, cela s'est traduit par l'adoption de nouvelles pratiques et de nouvelles méthodes de récolte. Les coupes à blanc ne sont plus pratiquées, bien que ce cliché ait la vie dure. Beaucoup d'emphase est mise sur la protection de la ressource, sur le reboisement, pour limiter les impacts pour la flore et la faune. D'intenses réflexions sont en branle, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, au Québec comme dans l'ensemble du pays, concernant l'identification et la mise en place d'aires protégées. Ce sont des avancées majeures. Tout n'est peut-être pas encore parfait dans les forêts, mais la situation est incomparablement meilleure qu'au tournant du siècle, voire simplement à ce qu'elle était dans les années 90.
Greenpeace et les autres groupes écologistes qui scrutent les moindres faits et gestes de l'industrie forestière en général et de Produits forestiers Résolu en particulier, doivent prendre acte de ces changements. Ils doivent adapter leurs campagnes de publicité en conséquence. Ils doivent agir à titre de partenaires de l'industrie, des travailleurs et des collectivités qui vivent des produits de la forêt afin de les encourager à continuer à améliorer leurs pratiques et les inciter intelligemment et de façon constructive à faire toujours mieux. Car, une médaille n'est jamais assez mince pour n'avoir qu'un seul côté! Et les critiques ont plus de poids, et de crédibilité, lorsqu'elles sont tempérées et contrebalancées, une fois de temps en temps, par des appuis positifs quand les faits le justifient.
Défi
Dans ce contexte, la campagne visant spécifiquement les activités de Produits forestiers Résolu menée par Greenpeace est néfaste, non seulement pour la multinationale, la région et ses milliers de travailleurs, mais pour la cause de la protection de la forêt elle-même. Tel que rapporté hier en nos pages, elle fait planer de réelles menaces de fermeture pour l'usine de pâte kraft de Saint-Félicien et pour d'autres usines. Elle a pour conséquence de braquer les travailleurs et bientôt peut-être des communautés entières contre le mouvement écologique. Un affrontement stérile se dessine. Or, l'essence même du concept de développement durable tient et doit tenir compte des besoins et des réalités humaines.
Il est vrai que certaines zones forestières exploitées par PFR ont perdu récemment leur certification FSC, un critère reconnu internationalement et vers lequel toutes les entreprises doivent tendre. Mais la faute à cet égard n'incombe pas uniquement à la compagnie. Greenpeace aurait beau jeu de mettre la pression sur les vrais responsables de cette situation, notamment les paliers de gouvernement qui négocient avec les communautés autochtones.
Au-delà des critiques et des coups d'éclat, les groupes écologistes doivent ajuster leurs discours aux réalités du 21e siècle, et aux nouvelles réalités propres à l'industrie forestière. Ils doivent aller au-delà des clichés. Ce serait agir de manière réellement durable. Au lieu d'uniquement dénoncer les abus, ce qui doit être fait lorsqu'il est nécessaire de le faire, bien sûr, il faut savoir proposer. Être capable de reconnaître les bons coups. En ce sens, au-delà des paroles, Greenpeace aurait avantage à s'allier véritablement aux travailleurs et aux grandes entreprises afin de faire avancer la cause. Afin d'améliorer encore davantage les pratiques forestières. Afin de mousser l'utilisation des produits du bois, ressource renouvelable et écologique qui peut être employée dans un plan de lutte efficace contre les gaz à effet de serre. Bien sûr, cela demande un changement de cap important, du courage et de la vision à long terme. Voilà un défi à la hauteur des attentes du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des autres régions forestières du Québec et du Canada. Voilà un défi durable.