Gouvernez, SVP!

ÉDITORIAL / Élus de Saguenay, pouvez-vous gouverner, SVP ?

La situation à l’hôtel de ville de Saguenay est telle qu’il est pertinent de se demander si des conseillers pensent davantage à faire tomber l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) et la mairesse Josée Néron que de s’atteler à la tâche.

La tâche en question est la gestion de 350 M $ que les contribuables leur confient pour faire de leur ville un endroit avec des services adéquats et pour prendre des décisions éclairées non seulement pour le présent, mais aussi pour l’avenir.

Il est devenu de plus en plus apparent que les indépendants, menés par des élus de Jonquière, ont développé une solidarité, pour soi-disant se défendre contre l’ERD. C’est convenu, depuis les tout premiers jours de l’élection de Josée Néron, que son parti allait devenir un irritant, mais est-ce justifié que sa disparition soit devenue le programme de certains élus ?

L’ERD et Josée Néron ont souvent été malhabiles, agissent avec fermeture et exercent parfois le pouvoir sans partage, mais ils ne sont tout de même que quatre sur 16 élus. Et quatre sur 16, ce n’est pas suffisant pour faire passer deux hausses de taxe consécutives de 4 % et des augmentations de salaire dans un tel contexte. On peut vouloir se faire une belle jambe, mais il y a des limites quand même.

Les électeurs ont envoyé un message qui pourrait paraître contradictoire, aux élections de novembre 2017, en élisant une mairesse issue d’un parti et une majorité de conseillers indépendants. Le résultat n’a cependant rien de sorcier parce qu’ils ont voté pour ceux qui leur semblaient les meilleurs choix.

Des conseillers qui s’échinent à vouloir la disparition de l’ERD, qu’ils aient tort ou raison, doivent avoir en mémoire que le parti a joué un rôle utile, pour la démocratie, quand il était dans l’opposition à l’époque de l’ancien maire Jean Tremblay. Sans parti, sans budget et sans permanents, il n’y a aucun doute que Josée Néron n’aurait pas réussi à mener ses luttes avec autant d’efficacité.

Et il est de mise de rajouter que sans l’ERD, une majorité d’indépendants d’aujourd’hui ne seraient tout simplement pas là. La perspective d’un changement à l’hôtel de ville est apparue séduisante. De plus, le moment était bien choisi pour eux, en novembre 2017, parce que l’électorat d’un bout à l’autre du Québec a opté pour du renouveau.

Peu importe les griefs des indépendants, ils partagent avec la mairesse la responsabilité de « faire tourner » la ville avant tout et de placer les intérêts des contribuables avant les leurs. Plusieurs élus sont nouveaux et ils doivent savoir que quatre ans pour plaire à l’électorat, c’est court, et que dans la case des « projets réalisés », ça va prendre plus qu’une opposition à l’ERD.

Ce n’est pas un secret, le projet d’amphithéâtre de Josée Néron, au centre-ville de Chicoutimi, lancé devant la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le Fjord, en août 2018, a brisé quelque chose au conseil. Des élus ont été choqués qu’un projet de cette envergure leur soit caché jusqu’à la dernière minute et, encore plus, qu’ils n’aient pas été invités à participer à la réflexion.

Effectivement, la communication aurait dû être faite différemment, surtout que le projet avait besoin d’appuis pour demeurer sur la table du conseil. Pas grand-chose ne justifie une telle sortie de la part de Josée Néron, si ce n’est que le centre Georges-Vézina avait vécu un hiver difficile suivant une fermeture temporaire et que le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, avait commencé à évoquer une ouverture de son gouvernement pour un investissement majeur au centre-ville.

Plus récemment, les changements à Promotion Saguenay ont de nouveau provoqué l’ire d’élus indépendants, qui ne se sont pas gênés pour l’exprimer. Oui, politiquement, Josée Néron, même si elle a cédé la présidence, n’y reste pas loin, l’ayant confiée à son bras droit. Mais mathématiquement, Michel Potvin et Josée Néron ne représentent que deux votes, tout comme Jean-Marc Crevier (Jonquière) et Martin Harvey (La Baie).

À 12 indépendants et quatre élus de l’ERD, le poids du nombre devrait suffire à ramener tout le monde dans de meilleures intentions. Sinon, les électeurs s’en souviendront.