General Motors éliminera 14 000 emplois en Amérique du Nord, dont au moins 2500 au Canada avec la fermeture de l’usine d’Oshawa en 2019.

GM: il ne suffit pas de hausser le ton

ÉDITORIAL / Ni les généreuses réductions de taxes du président Donald Trump ni les crédits d’impôt du gouvernement Trudeau n’y ont rien changé. General Motors éliminera 14 000 emplois en Amérique du Nord, dont au moins 2500 au Canada avec la fermeture de l’usine d’Oshawa en 2019. Et c’est sans compter l’impact de ces coupures sur les fournisseurs canadiens.

Doit-on accepter que le géant américain mette la clé dans une usine qui, selon le syndicat, se classe parmi l’une des plus productives de l’entreprise? Non. Le Canada a fait sa part quand GM était au bord de l’effondrement. Nous l’avons fait parce que c’était dans notre intérêt,  mais la compagnie a néanmoins contracté une dette morale envers le pays, d’autant plus qu’en mars dernier, Ottawa a effacé un prêt de plus d’un milliard de dollars accordé à des fabricants pendant la crise. 

Mais on ne pourra pas altérer le cours des événements sans prendre conscience que l’industrie de l’automobile vit une transformation en profondeur qui oblige les fabricants à poser des gestes drastiques. Les gestes que nous poserions en retour devront s’inscrire dans une stratégie qui correspond au repositionnement que doivent faire les compagnies, et de manière équitable pour toutes.

General Motors prévoit réaliser un profit grâce aux économies engendrées par ces réductions. Ce geste répond en partie au mécontentement exprimé encore en octobre par plusieurs actionnaires devant la peformance du titre boursier. Au troisième trimestre, l’action se transigeait encore à un prix inférieur à ce qu’il était lors de l’entrée en fonction de la présidente Mary Barra, en 2014, et la grogne était manifeste lors de la publication des résultats trimestriels.

Mais ces annonces ne résultent pas seulement d’un calcul cynique visant à satisfaire aux attentes du marchés.

GM doit réduire le nombre de ses modèles et de ses plateformes de production pour améliorer sa rentabilité, et elle devra investir massivement pour créer l’infrastructure nécessaire à la fabrication de nouveaux groupes de propulsion électriques. Les économies qui seront générées par l’exercice annoncé cette semaine répondent aussi à ce besoin de capital qu’on peut déjà anticiper. 

Mais cette rationalisation envoie aussi un autre message quant à la vigueur de l’économie. Les coupures annoncées par Bombardier au Québec s’ajouteront à celles qui viendront en Ontario. À quoi ressemblera la croissance dans l’année à venir, avec des compressions aussi importantes dans des secteurs vitaux de notre économie? Ces signaux sont autant de nuages noirs qui s’accumulent. C’est un élément de plus qui devrait inciter les gouvernements à chercher des solutions, à créer des occasions qui s’inscrivent dans une transition vers de nouveaux modes de transport.

L’annonce de GM est par ailleurs reçue comme un affront par le président des États-Unis, Donald Trump, qui voit ses promesses de création d’emplois manufacturiers réduites à néant dans les régions affectcées par ces coupures. Mais si ce dossier complexe se résume pour lui à une simple question d’ego et d’image, comme tout ce qu’il touche, et s’il croit que la solution passe par les menaces, l’intimidation, alors toute intervention de sa part sera vouée à l’échec.

General Motors joue son avenir, comme tous les autres joueurs de cette industrie, dans une transition risquée et coûteuse. Les humeurs des politiciens ne feront qu’empirer les choses.