Les secteurs des matériaux de construction et des véhicules automobiles ont le plus contribué à la croissance.

Forêt: l'UQAC boucle la boucle

Pour que le bois prenne définitivement sa place aux côtés des matériaux traditionnels tels que l'acier et le béton dans les grands chantiers commerciaux et institutionnels du Québec et du reste de l'Amérique du Nord, il est nécessaire que davantage d'architectes, d'ingénieurs et d'artisans de la construction maîtrisent bien les capacités et les spécificités techniques propres à ce matériau renouvelable et écologique.
C'est à ce cercle vicieux que s'attaque, depuis plusieurs années, l'Université du Québec à Chicoutimi. L'université régionale fait déjà figure de pionnière au Canada en offrant une formation spécialisée de haut niveau dans la conception et la fabrication de structures de bois. Depuis, un peu plus d'un an, l'UQAC offre aussi deux cours obligatoires portant sur ce matériau à l'intérieur de son baccalauréat en génie civil. À compter de l'automne 2014, ce nombre de cours sera porté à sept, tel que rapporté dernièrement par le Progrès-Dimanche. Une excellente décision.
Mission
De plus, la direction de l'université travaille présentement à la mise en place de programmes d'enseignement supérieur destinés notamment aux professionnels en architecture et en ingénierie soucieux de développer une expertise dans l'utilisation du bois dans les grands chantiers. L'UQAC projette par ailleurs d'acquérir de nouveaux logiciels afin d'affiner ses méthodes d'enseignement et souhaite aussi se doter d'un laboratoire permettant de faire des essais et des tests pratiques sur des structures conçues à partir des matériaux issus de la forêt.
Ce vaste programme s'inscrit tout à fait logiquement dans le développement et dans la mission de l'université régionale, qui se fait un devoir de plancher sur des enjeux et sur des réalités propres à son milieu. L'UQAC se trouve ainsi à l'avant-garde dans la recherche concernant la forêt boréale et ses processus de régénération. Elle compte des laboratoires réputés où l'on étudie les propriétés, notamment biomédicales, de la flore qui compose cet écosystème. Il est naturel que l'institution cherche donc à boucler la boucle dans le domaine de la forêt en s'attaquant au développement de connaissances dans le domaine de la construction, de l'ingénierie et de l'architecture. Il y a là un créneau d'avenir resté trop longtemps inexploité qui renferme des clés importantes pour contribuer, sur des bases durables, à la relance de l'industrie forestière, avec les emplois et les retombées que l'on imagine pour une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
En cette matière, l'UQAC démontre qu'elle souhaite passer de la parole aux actes, travailler où il faut. Sur le plan théorique, l'université a innové en recrutant le professeur Pascal Triboulot, un spécialiste français rompu à l'utilisation du bois dans les chantiers d'envergure, une pratique courante en Europe. Le spécialiste a passé de longs mois en résidence dans la région, sillonnant le Québec et accouchant d'une réflexion hautement pertinente sur les solutions pour permettre au Québec et à l'Amérique du Nord de rattraper son retard en cette matière, pour y faire évoluer les mentalités. L'un des grands axes de ces recommandations transparaît aujourd'hui dans les orientations adoptées par l'UQAC en matière de programmes de formation liés au bois. On peut même dénicher quelques influences de la réflexion du professeur Triboulot dans la Charte du bois dévoilée par le gouvernement Marois.
Afin de concrétiser son vaste projet de développement, notamment en ce qui a trait à l'acquisition de nouveaux logiciels et à l'implantation d'un laboratoire de tests pratiques, il est vraisemblable que l'UQAC ait éventuellement besoin d'appuis, tant financier que populaire et politique.
Il sera primordial que les intervenants interpellés répondent favorablement à l'appel. Des entreprises privées, comme Produits forestiers Résolu, auraient avantage à soutenir les initiatives mises de l'avant par l'UQAC, dans la mesure de leurs moyens et des besoins de l'établissement d'enseignement. Pour les candidats en lice, ce devrait même faire l'objet d'engagements formels dans le cadre de la présente campagne électorale.
Car, plus les matériaux d'ingénierie du bois seront employés sur les grands chantiers, plus ceux-ci prendront leur juste place aux côtés de l'acier, du béton et de l'aluminium, plus l'industrie forestière sera gagnante, et plus l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean en profitera.