Le cadre d'une entente de 10 ans sur le commerce du bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis pourrait être à portée de main dans les prochaines semaines.

Finies les courbettes

ÉDITORIAL / Le premier ministre Philippe Couillard n'aurait pu mieux dire : « Si vous pensez nous avoir à l'usure, nous autres les Québécois, vous vous trompez. » Après 35 ans de différends commerciaux et de mesures injustifiées, il est temps de crever l'abcès une bonne fois pour toutes. L'heure n'est plus aux courbettes ni aux solutions temporaires qui ne font que repousser le problème : l'industrie du bois d'oeuvre doit être défendue bec et ongles cette fois-ci, jusqu'au bout ; jusqu'à la signature d'un pacte qui assurera une stabilité pour les décennies à venir.
La taxe antidumping imposée lundi par le département du Commerce américain, à la fermeture des marchés, ne change à peu près rien au portrait d'ensemble. Elle aura sans doute des conséquences immédiates sur les états financiers des entreprises québécoises et canadiennes, mais dans les faits, il faut la voir telle une autre goutte qui tombe dans un verre qui déborde depuis déjà trop longtemps. Et le passé étant garant de l'avenir, c'est loin d'être la dernière. À moins bien sûr que les instances fédérales refassent enfin la plomberie. 
Or, Ottawa semble avoir appris à encaisser les gifles de son voisin du sud dans ce dossier, et même à contre-attaquer. C'est ce qu'a fait le gouvernement en s'en prenant à l'Oregon, l'un des États qui contestent le plus vivement l'industrie canadienne du bois d'oeuvre. Le Canada entend notamment imposer des droits sur différents produits provenant de cette région, dont le vin, les revêtements de toiture, les copeaux de bois et le contreplaqué. Oeil pour oeil, dent pour dent. 
Cette approche plus convaincante face au protectionnisme américain n'aura certes pas le même impact que celui appréhendé par notre industrie forestière, qui dépend essentiellement des États-Unis. Par contre, le message envoyé par Justin Trudeau a le mérite d'être aussi clair que celui de son homologue au Québec, Philippe Couillard : nous ne nous laisserons plus marcher sur les pieds sans réagir. 
Le contexte apparaît favorable. Washington vient en effet de conclure un accord de principe avec le Mexique pour le commerce du sucre. Comme pour le bois d'oeuvre, l'administration de Donald Trump menaçait d'imposer des droits de douane et des taxes antidumping sur les quelque 1,1 million de tonnes de sucre importées du Mexique annuellement. L'entente a été élaborée rapidement afin que cet épineux dossier ne soit pas une distraction lors de la renégociation du traité de l'ALENA, qui devrait s'amorcer à la mi-août. Pourquoi en serait-il autrement pour le bois d'oeuvre ?
Le Canada a intérêt à demeurer sur ses positions, tout en démontrant que lui aussi peut faire pression sur certaines entreprises américaines qui prospèrent de ce côté-ci de la frontière. Les émissaires gouvernementaux pourront ainsi bénéficier d'un rapport de force lorsqu'ils tenteront, une nouvelle fois, de faire valoir que l'industrie forestière respecte les règles en vigueur et que les mesures mises de l'avant par le département du Commerce américain sont non seulement injustes, mais également abusives à maints égards. 
Nul doute que les Américains tenteront de resserrer le cadre de l'entente actuelle, mais pourquoi Ottawa devrait-il accepter des compromis alors que, depuis plus de trois décennies, toutes les instances juridiques lui ont donné gain de cause ? 
Après 35 ans d'incertitude, l'industrie du bois d'oeuvre mérite un gouvernement qui se tient debout et qui n'acceptera pas une entente à l'arraché, comme celle que les conservateurs ont paraphée en 2006. Pour ajouter l'insulte à l'injure, cet accord éphémère a coûté 1 milliard de dollars aux entreprises canadiennes ! Tant qu'à tendre l'autre joue...
Justin Trudeau a une belle occasion de se définir en matière de relations internationales. À elle seule, sa réplique en Oregon est nettement plus rassurante que des milliers d'égoportraits. Espérons maintenant qu'il sera en mesure de garder le cap et de donner raison à Philippe Couillard lorsqu'il affirme que les industriels américains ne nous auront pas à l'usure.