FerroAtlàntica: une pilule amère

À Shawinigan, le champagne est apparemment commandé et on prépare la fête. Selon les informations obtenues par le Nouvelliste, la décision est prise : la firme FerroAtlàntica confirmera d'ici peu qu'elle implantera à cet endroit son usine de silicium, un investissement de 375 M$ qui doit créer plus de 300 emplois de qualité.
D'accord, l'annonce officielle n'a pas encore eu lieu. Mais les indices en provenance de la Mauricie sont nombreux et laissent peu de place au doute. Malheureusement... Ce revirement de situation a l'effet d'une véritable douche froide pour Saguenay et pour l'ensemble du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et il soulève plusieurs questions relatives au travail accompli par les membres du caucus péquiste du «Royaume» et quant à l'aspect «politico-politique» du dossier.
Il est difficile de déterminer avec précision quel rôle respectif ont joué, en coulisse, les députés de la Mauricie et ceux de la région. Publiquement, en tout cas, les deux ministres de Saguenay, Sylvain Gaudreault et Stéphane Bédard, ainsi que le député de Dubuc, Jean-Marie Claveau, où se trouve le port en eau profonde, ont été discrets. Trop discrets.
Les deux ministres occupent des fonctions stratégiques au sein du gouvernement. Ils sont puissants. À cet égard, ils se trouvaient coincés, en porte-à-faux, vis-à-vis de certains collègues. Mais tous deux sont d'abord et avant tout les représentants des intérêts de leur comté. L'implantation de FerroAtlàntica à Saguenay aurait constitué une pièce importante en matière de diversification économique pour la ville. Le projet aurait eu, dans le contexte actuel combien difficile, des retombées dont la perte fait mal.
L'affaire laisse un goût d'autant plus amer que Saguenay a véritablement agi comme un leader dans ce dossier. Le maire Jean Tremblay a été le seul élu du Québec à se rendre en Espagne afin de rencontrer les dirigeants de FerroAtlàntica. C'est Saguenay et Promotion Saguenay qui ont positionné le Québec sur le radar alors que la firme débutait ses analyses afin de dénicher un site pour sa nouvelle usine nord-américaine. C'est Saguenay qui a initié les discussions avec Investissement Québec et avec le gouvernement concernant la possibilité d'offrir à la compagnie des tarifs énergétiques préférentiels. Et, dans ce dossier, le maire Jean Tremblay a agi avec une retenue un peu contre nature dans son cas en refusant de donner trop de détails sur ce projet. Ce n'est pas lui qui a dévoilé le nom de la firme dans les médias ou qui a lancé une cabale démesurée concernant l'évolution du projet.
Politique
Il est difficile de croire que l'implantation de l'usine de FerroAtlàntica à Shawinigan ne soit pas une décision orientée politiquement en tout ou en partie. Il est vrai que l'économie de la Mauricie a été fortement ébranlée par la crise forestière et par la décision du gouvernement Marois de procéder à la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.
Mais il est tout aussi vrai d'affirmer que l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean est aussi, sinon davantage précaire. La liste des usines qui ont fermé leurs portes dans la région au cours des dernières années est très longue. Pensons Port-Alfred, à l'usine MDF de La Baie, à la fermeture d'une machine à papier à Kénogami, à l'usine Novelis, aux nombreuses scieries... Des milliers d'emplois sont disparus en moins d'une décennie. Sans compter la fermeture des cuves Söderberg du Complexe Jonquière et celle des précuites qui se profile à l'horizon sans que l'on sache si les phases d'expansion de l'aluminerie AP60 seront prêtes à prendre la relève en terme d'emplois... Quand on sait qu'à chaque fois qu'un de ces coups durs a frappé la région, les élus péquistes alors dans l'opposition n'ont pas manqué de blâmer le gouvernement en place pour son «inaction», la situation actuelle est d'autant plus difficile à accepter. Il faut sans doute être heureux que l'usine espagnole s'installe au Québec. Mais la pilule est amère pour la région. Des questions demeurent qui mériteront des réponses une fois l'investissement confirmé. Il faut espérer que les inimitiés entre les ministres péquistes et le maire Tremblay n'aient pas pesé dans la balance. L'intérêt de la région doit primer sur toutes autres considérations. En tout temps et pour toutes les parties.