Être plus blanche qu’un béluga

ÉDITORIAL / S’il est une condition sine qua non au projet de GNL Québec, c’est la confiance. Le promoteur américain n’a aucune marge de manœuvre en ce qui a trait à la transparence et, surtout, à la rigueur intellectuelle. La compagnie doit montrer patte blanche ; elle doit laver plus blanc que blanc si elle souhaite arriver à ses fins.

Des informations comme celles rapportées mardi par Le Devoir créent une brèche dans une relation relativement fragile entre la communauté et GNL Québec. Et il faudra bien plus qu’un diachylon pour éviter l’hémorragie, cette fois-ci. On entend ici par diachylon une réponse laconique comme celle qu’a livrée la directrice principale, affaires publiques et relations avec la communauté, Stéphanie Fortin, au journaliste du Devoir : « La question du béluga et de la cohabitation avec les mammifères marins est une question importante prise en considération depuis le tout début du développement du projet. » Vraiment ?

Les zones d’ombre soulevées par l’Agence canadienne environnementale sont multiples. Certes, il s’agit d’un processus tout à fait normal, surtout dans le cas d’un projet de cette ampleur. Mais là où le bât blesse, c’est dans la nature et les observations exprimées. Comment expliquer qu’un promoteur crédible, prêt à investir plus de 14 milliards de dollars dans son projet, n’ait pas jugé utile de soumettre au moins une option alternative à celle que constitue le port de Grande-Anse ? Comment se fait-il, également, que les impacts sur la faune aquatique, notamment les populations de bélugas, aient été aussi manifestement banalisés ?

Il ne s’agit pas de menus détails : des affirmations qui ne reposent sur rien, comme celle qui prétend à une croissance des besoins en gaz naturel de plus ou moins 40 % d’ici 2040 ; des énoncés qui s’appuient sur des études des années 1970, comme ceux qui concernent l’enjeu prioritaire de la biodiversité dans le fjord du Saguenay ; l’absence pure et simple d’un plan B, pourtant une exigence fondamentale dans le cadre d’une étude d’impacts… Tous ces éléments témoignent d’un laxisme auquel nous sommes peu habitués, après avoir vu plusieurs grands dossiers déposés aux autorités par les Rio Tinto ou autres Hydro-Québec. Ça donne l’impression d’être dans une autre ligue.

Les demi-vérités, lorsqu’habilement enrobées par une équipe de communications efficace, réussissent parfois se frayer un chemin dans la population, et même dans certains médias généralistes. Or, soumises à une analyse plus approfondie, pilotée par des professionnels aguerris, elles deviennent caduques, voire inquiétantes.

Une portion importante de la population épouse encore le projet de GNL Québec, malgré des lacunes comme le recours à la fracturation hydraulique pour extirper le gaz naturel en Alberta et l’émanation de quelque sept millions de tonnes de GES qui en découlera. Mais parfois, il s’en faut de peu pour que le vent change de façon draconienne. Et cette ébauche incomplète, présentée à la plus haute instance fédérale en matière d’environnement, n’a rien de rassurant quant à la suite des choses.

La confiance, disais-je d’entrée de jeu, est une variable impérative pour la concrétisation de ce projet controversé. L’étude d’impacts élaborée par GNL Québec aura sans doute des répercussions négatives sur l’opinion publique. Car il est désormais justifié de remettre en question toutes les prétentions de la compagnie.

Tout le monde peut se relever d’une chute au plancher. Il en est de même pour GNL Québec, mais il sera sans doute plus difficile pour la compagnie de se présenter tel un investisseur sérieux, honnête et rigoureux, dans un contexte où elle doit être plus blanche encore qu’un béluga.