Les taux de violence, y compris la violence familiale et les agressions sexuelles, sont 3,5 fois plus élevés chez les femmes autochtones que chez les autres femmes au pays.

Et les femmes autochtones?

ÉDITORIAL / À chaque démission qui s’ajoute, la confiance s’amenuise à l’égard de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Avant de prolonger son mandat au-delà de décembre 2018 et d’accroître son financement, le gouvernement Trudeau doit s’assurer que cette enquête peut se poursuivre sur des bases et une gouvernance solides. En cas d’échec, ce sont aussi les libéraux, et non seulement les commissaires, qui en porteront le poids.

Les médias parlent beaucoup ces derniers mois de la violence et des abus dont sont victimes les femmes. Rappelons certaines données qui concernent principalement les femmes autochtones au Canada.

Les taux de violence, y compris la violence familiale et les agressions sexuelles, sont 3,5 fois plus élevés chez les femmes autochtones que chez les autres femmes au pays. Les jeunes femmes autochtones sont également cinq fois plus susceptibles que les autres Canadiennes du même âge de mourir à la suite d’un acte de violence, indique-t-on sur le site de l’Enquête nationale.

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé en 2015 à mettre fin à cette «tragédie nationale». Il a annoncé en août 2016 le nom des commissaires ainsi que le mandat qui leur a été confié : «examiner et faire rapport sur les causes systémiques de toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles autochtones au Canada en regardant les tendances et les facteurs sous-jacents».

La tâche est colossale. Malheureusement, les difficultés qu’éprouve l’équipe d’enquête depuis ses débuts laissent craindre que l’opération à laquelle le gouvernement consacre 54 millions $ donnera bien peu de résultats si les difficultés internes (démissions et licenciements) se multiplient et si la confiance des Autochtones à l’égard de l’enquête ne cesse de décliner.

L’espoir de jours meilleurs pour les jeunes filles et les femmes autochtones s’amenuise. Et par le fait même, la prétention du gouvernement Trudeau de pouvoir se présenter comme celui qui aura pris les moyens pour mettre fin à une situation qui perdure et empoisonne la vie des communautés autochtones depuis des décennies.

Jusqu’à maintenant, Ottawa n’avait pas manifesté d’inquiétude lorsque les médias rapportaient un départ ou des dissensions au sein de l’Enquête nationale. La semaine dernière, la démission de la directrice générale Debbie Reid — en poste depuis seulement trois mois — qui s’ajoutait à celle de l’avocat québécois Alain Arsenault en décembre, ont provoqué un changement de ton.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, s’inquiète du haut taux de roulement du personnel (plus d’une dizaine de départs depuis 2016) et de la capacité de la Commission de s’acquitter de son mandat.

La Commission doit soumettre sous peu au gouvernement sa demande de prolongation (les commissaires ont déjà indiqué qu’une année ou deux de plus serait nécessaire). Des audiences communautaires publiques sont également prévues à Yellowknife du 23 au 25 janvier.

La demande est délicate pour le gouvernement. S’il refuse, il sera accusé par certains de lâcher les femmes autochtones, de ne pas fournir les ressources nécessaires pour leur rendre justice et de ne pas respecter totalement sa promesse. S’il accepte un délai de deux ans, d’autres avanceront qu’il veut éviter d’être évalué sur ce dossier au scrutin de 2019.

«Aucune relation n’est plus importante pour moi et pour le Canada que la relation avec les peuples autochtones», écrit Justin Trudeau dans la lettre de mandat à la ministre Bennett. Avec une telle affirmation, son gouvernement ne peut prendre le risque que l’enquête s’embourbe.