Même si, à Saguenay, de larges pans du dossier ont déjà été réglés via de fructueuses négociations avec les élus, il ne faut pas se surprendre de la décision des policiers et des pompiers de la capitale régionale d'entreprendre, à leur tour, des moyens de pression en lien avec les dispositions du projet de Loi 3.

Équité et fonds de pension

Même si, à Saguenay, de larges pans du dossier ont déjà été réglés via de fructueuses négociations avec les élus, il ne faut pas se surprendre de la décision des policiers et des pompiers de la capitale régionale d'entreprendre, à leur tour, des moyens de pression en lien avec les dispositions du projet de Loi 3.
D'abord parce que de solides liens de solidarité et de fraternité unissent l'ensemble des policiers et des pompiers de partout à travers le Québec et l'Amérique du Nord, lesquels forment une grande famille tissée serrée. Et comme, dans les autres grandes villes du Québec, on ne compte pas d'entente similaire à celle intervenue à Saguenay et que la situation y est, il est vrai, fort problématique...
Ensuite parce que la Loi 3, sur le fond, peut, en fin compte, effectivement interférer avec l'esprit de la libre négociation entre les employés et leur employeur, un aspect certes non négligeable des choses.
Confiance
Parce qu'ils assurent des services essentiels pour la communauté, les policiers et les pompiers sont restreints, et avec raison, dans leur éventail de moyens de pression. L'important, tant à Saguenay, à Québec qu'à Montréal, c'est que les moyens de pression qui seront employés directement et vraisemblablement indirectement par ces professionnels ne remettent pas en cause la sécurité des citoyens, ni leur confiance envers ceux-ci. En ce sens, la grande manifestation tenue à Montréal il y a quelques semaines, avec un «feu de joie» allumé devant l'hôtel de ville de la métropole, était d'ailleurs déplacée.
Du reste, il y a lieu de croire, comme l'a fait mercredi en nos pages le président du Conseil du trésor de Saguenay, le conseiller Jean-Yves Provencher, que le dernier aspect concernant le dossier des fonds de pensions dans la capitale régionale, soit celui portant sur le déficit accumulé, puisse également se régler harmonieusement à la table de négociations.
La capitale régionale a, après tout, marqué le pas au Québec en obtenant, sans heurt, au cours des dernières années, une série d'ajustements très significatifs aux modalités encadrant les régimes de retraites de ses employés. Ces ajustements ont permis de diminuer le fardeau financier assumé par l'ensemble des contribuables de Saguenay. Ils ont permis de ramener d'avantage d'équilibre entre les conditions de travail offertes aux employés publics de la ville et la capacité de payer de ses citoyens.
Ce retour à un juste équilibre est à la base du projet de Loi 3. Il doit guider les discussions entre les élus du Québec et les syndicats. Ce concept doit être à la base de la prochaine ronde de négociations entre les élus de Saguenay et ses policiers, pompiers et autres travailleurs municipaux concernés. D'ailleurs, la capitale régionale aurait tout intérêt à entreprendre les pourparlers au sujet des derniers points à régler rapidement. Personne n'a rien à gagner à laisser une situation, actuellement sous contrôle, dégénérer inutilement.
Équité
Ce constat posé, il faut éviter de tomber dans les extrêmes. Les employés municipaux du Québec n'ont pas volé leurs conditions de travail ni leurs conditions de retraite. Celles-ci sont le fruit de négociations. Elles reflètent la situation financière passée, à une époque où les rendements boursiers et le nombre de cotisants étaient bien différents de ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. Des changements sont nécessaires non seulement parce que ces deux paramètres ont drastiquement changé, mais aussi, mais surtout, parce que les citoyens ne sont plus capables d'assumer ce fardeau financier comme auparavant.
De fait, de moins en moins de travailleurs ont accès à des fonds de pensions, que ce soit à prestations ou à cotisations déterminées. La région a perdu beaucoup d'emplois de qualité au cours des dernières décennies. Les contribuables de la classe moyenne sont la cible de hausses de tarifs de toutes parts. Ils n'ont plus la même capacité de payer qu'auparavant alors que d'autre part, à Saguenay comme dans les autres grandes villes du Québec, des sommes colossales doivent être investies dans la réfection des principales infrastructures.
Bref, l'esprit des négociations avec les employés municipaux, l'esprit qui guide la Loi 3, c'est le principe d'un nécessaire retour à l'équilibre et à l'équité.