Entre dictature et liberté absolue

ÉDITORIAL / Josée Néron n’a pas complété ses cent premiers jours au pouvoir que déjà, un nuage menaçant se dirige vers son administration. À bien des égards, la mairesse de Saguenay a transformé — pour le mieux — le visage du conseil de ville, accordant une plus grande latitude aux élus qui le composent. Elle a ainsi respecté ses principaux engagements : une gestion plus démocratique et le retour de la transparence à l’hôtel de ville. Démocratie et transparence, deux grands principes qui séduisent l’électorat de nos jours, certes, mais qui peuvent aussi engendrer leur lot de difficultés s’ils sont appliqués au pied de la lettre et sans cohérence en matière de communications. La dernière semaine nous l’a prouvé.

La sortie publique du conseiller Michel Potvin, dans le dossier de la nappe phréatique de Laterrière, fait foi d’une organisation où tous peuvent dire ce qu’ils pensent sans avoir, au préalable, à se justifier auprès des autres élus. Sous la plume du journaliste Louis Tremblay, le conseiller Potvin, membre de l’ERD, a invité ses concitoyens à exprimer leurs inquiétudes lors de la prochaine séance publique du conseil de ville de Saguenay, lundi soir. Il a même soutenu leur cause. 

Dans son essence, la démarche sera sans doute louangée par les puristes de la démocratie. Par contre, à trop vouloir endosser les revendications de ses électeurs, Michel Potvin risque d’être perçu tel un opposant au projet d’usine de Métaux BlackRock au port de Grande-Anse. 

Un conseiller a la responsabilité, sinon le devoir de bien analyser ses positions avant de les partager, en tenant compte, entre autres choses, des conséquences potentielles de chacun de ses propos. Les écrits restent et souvent, ils collent à un politicien pendant des années. Parlez-en au premier ministre Philippe Couillard, qui avait juré qu’aucun emploi ne disparaîtrait au profit de la protection du caribou forestier. 

Dans le dossier de la nappe phréatique de Laterrière, Josée Néron a dû improviser tant bien que mal avec la sortie publique de son conseiller, à peine une semaine après avoir manifesté son appui aux dirigeants de Métaux BlackRock devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord. 

Cette fois-ci, elle a été en mesure de limiter les dégâts, mais un jour, inévitablement, elle sera dans l’obligation de ramener l’un de ses conseillers à l’ordre ; peut-être même de le désavouer publiquement. 

Effet boule de neige

La position du conseiller Potvin pourrait avoir un effet d’entraînement parmi les élus, qui seraient justifiés de croire que tout est permis. 

Autrefois, la presque totalité du conseil craignait les représailles du maire Jean Tremblay. À l’exception de Josée Néron, de Christine Boivin et de Julie Dufour, les conseillers gardaient pour eux leurs critiques, en toutes circonstances.

Or, les nouveaux paradigmes à l’hôtel de ville ouvrent grande la porte aux dérapages et à l’incohérence. Sans des règles mieux définies, chacun voudra se démarquer de ses pairs ou, à tout le moins, prouver à ses électeurs qu’il veille sur leurs intérêts. Ainsi pourrait naître une dangereuse surenchère dont l’issue ne peut se traduire autrement que par des rivalités internes.

Il est crucial que la mairesse resserre ses troupes avant de perdre le contrôle ; qu’elle leur fasse comprendre qu’il existe un juste milieu entre dictature et liberté absolue. Et surtout, qu’elle ne laisse aucune ambiguité quant à son rôle de présidente de l’assemblée.  Il ne peut y avoir qu’un capitaine à bord. 

L’idée n’est pas d’exiger des consensus contre nature ou d’imposer une ligne de pensée unique, mais de prévenir les déclarations susceptibles de nuire à l’évolution de certains dossiers, dont celui de Métaux BlackRock.