Donald Trump a repris ses attaques en règle à l’endroit des médias américains.

Entre colis piégés et Khashoggi...

ÉDITORIAL / À quelques jours des élections de mi-mandat aux États-Unis, une dizaine de colis piégés artisanaux ont été acheminés à des opposants du président Donald Trump. Cela pourrait faire dérailler ce vote qui est, en quelque sorte, un vote de confiance pour le président. Qu’a fait M. Trump ? Après des mots apaisants, tôt mercredi, il a repris ses attaques en règle à l’endroit des médias américains. Il est incapable de se modérer lui-même et cela ne fait qu’exacerber les tensions qui existent déjà au sud du 49e parallèle. Pauvre États-Unis !

Depuis trois jours, les forces de l’ordre sont à pied d’œuvre pour s’approcher du coupable (ou des coupables) pour le neutraliser. 

À chaque fois, à peu près le même modus operandi : un colis dans une enveloppe beige, largement timbrée pour qu’elle s’achemine bien à destination, avec à l’intérieur une bombe artisanale, quelquefois avec un détonateur, parfois pas. Cela indique le calibre du coupable, estiment certains observateurs. Probablement un simple quidam, sympathisant de M. Trump et de son Parti républicain. 

Mais avant qu’il ne soit identifié, il cause tout un émoi.

Cela a débuté avec des colis explosifs adressés à l’ex-secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, ainsi qu’à l’ex-président Barack Obama.

Puis, ce furent les bureaux de la chaîne de télévision CNN et une razzia d’élus de second rang : l’élue au congrès Debbie Wasserman Schultz, l’ex-ministre de la Justice Eric Holder, la députée californienne Maxine Waters. Et puis George Soros, milliardaire américain, l’acteur et producteur de cinéma Robert de Niro, l’ex-vice-président Joe Biden...

M. Trump a donc eu des mots réconfortants au départ, parlant que « tout acte ou menace politique est une menace contre notre démocratie ». Il aurait pu les poursuivre avec un appel à Mme Clinton et M. Obama et les autres dans la liste. Mais de toute évidence, c’était trop pour lui. Lors d’un ralliement partisan quelques heures plus tard dans le Wisconsin, mercredi soir, il a accusé les médias « de cesser les hostilités sans fin et les attaques négatives constantes et souvent fausses ». 

Il retournait donc aux attaques auxquelles il nous a habitués contre les « fausses nouvelles (fake news), sans un mot de sympathie à l’endroit des cibles de ces colis explosifs. Il a repris sa campagne de dénigrement dans l’espoir, estime-t-on, de marquer des points et de dégager des majorités pour ses alliés républicains aux élections prochaines. Il n’en est pas à une contradiction près. En fin de semaine, il a louangé Ted Cruz, le sénateur du Texas, celui-là même qu’il qualifiait de «Lyin’ Ted» lorsqu’il était son adversaire lors des primaires républicaines. 

Mohamed ben Salman, le prince héritier de l’Arabie saoudite, doit souhaiter que le mystère des colis piégés se poursuive. Car quand les États-Unis sont occupés par cette série de bombes potentielles, elle détourne le regard de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, à l’ambassade de l’Arabie saoudite en Turquie. 

Devant le vide de nouvelles internationales, les médias n’en avaient que pour l’affaire Khashoggi. La version officielle de l’Arabie saoudite change chaque jour, évoluant progressivement vers un aveu de culpabilité de ce pays. La pression s’intensifie autour de Mohamed ben Salman.

Voilà l’affaire des colis explosifs qui vient détourner un peu les réflecteurs de Jamal Khashoggi et de l’Arabie saoudite. Il faudra surveiller si l’attention de la population américaine et mondiale saura naviguer entre les deux...