Enfin, la décentralisation

Il y a longtemps que le mot décentralisation n’avait pas résonné avec une telle éloquence. Après quatre années à regarder le poids des régions diminuer à vue d’œil, le gouvernement Legault a confirmé le déménagement de 5000 postes de fonctionnaires hors des grands centres de Québec et de Montréal d’ici cinq ans.

Certes, il en avait fait un engagement de campagne, mais mercredi, devant les élus de la Fédération québécoise des municipalités, c’est à titre de premier ministre qu’il a réitéré cette promesse.

Si souvent avons-nous été déçus au lendemain d’un scrutin ; si souvent, une fois au pouvoir, les politiciens sont revenus sur leur parole. L’abandon de cette politique de redéploiement de la haute fonction publique n’aurait surpris personne.

Or, le premier ministre Legault est demeuré fidèle au discours qu’il a tenu avant que le Québec lui remette les clés de l’Assemblée nationale : « Il y a des enjeux où on est bien mieux placé quand on est en région pour comprendre les solutions que quand on est dans un bureau à Québec. »

Il a d’ailleurs déjà mandaté le président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, et la ministre déléguée au développement économique régional, Marie-Ève Proulx, afin qu’ils mettent en branle le processus, qui s’articulera autour des prochains départs à la retraite de fonctionnaires, tel que le rapporte la journaliste Patricia Cloutier, du journal Le Soleil.

De ce côté-ci de la Réserve faunique des Laurentides, cette stratégie gouvernementale aura des répercussions positives majeures, car au-delà des emplois de qualité qui s’ajouteront dans le paysage de la région, elle permettra également à de jeunes diplômés de demeurer — ou de revenir — au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est le genre d’initiative concrète de l’État qui permet à un territoire éloigné de s’épanouir et de se diversifier, davantage même que les crédits d’impôt.

Surtout que, selon les propos du premier ministre, les régions ciblées ne seront pas nécessairement limitées à leurs créneaux d’excellence, et pourront donc développer de nouvelles expertises. Par exemple, selon la plateforme privilégiée de François Legault, une région comme la nôtre pourrait très bien hériter de parties de ministères autres que ceux de la Forêt ou de l’Agriculture. Il souligne en ce sens — et avec raison — que les nouveaux moyens de communication permettent à quiconque d’évoluer aussi efficacement en région que dans la capitale nationale. Comment ne pas applaudir cette démonstration d’ouverture, réclamée depuis des décennies par les organisations locales telles que le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA) ou la Société de la Vallée de l’aluminium (SVA) ?

D’ailleurs, cette volonté gouvernementale ne pourrait-elle pas inspirer ceux et celles qui ne jurent que par la montréalisation de nos institutions, comme s’il était impossible de se réaliser hors de la métropole ?

Il n’aura fallu que quelques semaines pour apprécier une coupure marquée entre le modèle de gestion des libéraux de Philippe Couillard et celui mis de l’avant par le chef du gouvernement caquiste.

Pendant son mandat, le premier ministre Philippe Couillard a centralisé à Québec le système de santé et de services sociaux en plus de mettre la hache dans la Conférence régionale des élus, seul organisme de concertation impliquant les villes et villages des quatre coins du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’était aussi l’endroit où les députés, toutes allégeances confondues, devaient rendre des comptes et entendre les doléances des élus locaux.

Aujourd’hui, la concertation n’existe plus en régions, ce qui prive l’ensemble des citoyens d’une voix forte. Est-ce là le prochain défi auquel doit s’attaquer le gouvernement Legault ?

Une chose est sûre : le premier ministre a démontré mercredi qu’il souhaite appuyer les régions dans leur quête de développement et qu’il a compris que le Québec ne se limite pas aux grands centres urbains.